1935: Je suis né à Naples, Italie, un 18 juillet, au dernier étage d'une maison avec une terrasse pleine de soleil.
A ma naissance, je suis si petit et si maigre qu'on doit m'attacher sur un coussin pour me porter. L'été, ma mère met des bassines d'eau à chauffer au soleil et me baigne avec mon frère Chris sur la terrasse. Ma mère s'appelle Giraud, les Giraud étaient partis d'Antibes en 1787 pour s'établir à Smyrne en Turquie.
Mon père, Max-Ferdinand Vautier était d'une famille de peintres suisses, originaires du Canton de Vaud. Mon arrière grand-père, qui s'appelait aussi Benjamin Vautier, était considéré comme un des grands peintres suisses du l9ème siècle. Il peignait des scènes paysannes un peu sous-Rubens.
Je vais passer les cinq premières années de ma vie à Naples. Je vais apprendre l'italien et m'amuser dans un terrain vague. C'est la qu'une petite fille écrase mon doigt en fermant un grand portail sur ma main. Mon premier grand chagrin d'amour.
Ma mère ne croit pas en Dieu mais comme je suis confié à des nourrices, celles-ci, offusquées à l'idée que je ne sois pas baptisé, me font baptiser à tour de rôle. Cela dure jusqu'au jour où le curé de la paroisse viendra à la maison dire:
"Ecoutez, une fois ça va, deux fois ca passe, mais trois fois c'est trop".
C'est ainsi que je vais m'appeler, en plus de Benjamin, Paolo et Lucio.
Un jour, ma mère rentre du restaurant et voit un attroupement devant la maison. Elle lève la tête : avec mon frère Chris, je me promenais sur le parapet
au cinquième étage, en dehors de la terrasse, au bord du vide.
1938: Un jour, je m'arrêtais de faire pipi. On m'amena à l'hôpital et je ne pissais pas pendant 9 jours. Le neuvième jour, je pissais. Tellement qu'on crut que les bouillottes avaient éclaté.
1939: A la déclaration de la guerre, ma mère part pour la Suisse et divorce d'avec mon père, qui garde Chris. Elle part ensuite pour la Turquie avec moi dans l'Orient Express dont ce sera le dernier voyage car la gare de Belgrade sera bombardée deux jours plus tard. Arrivés à
Izmir, elle s'installe dans l'une des maisons de la famille Giraud, négociants en tapis et raisins secs export-import.
Je fréquente le collège Saint-Joseph, j'apprends le Turc. Pour aller à l'école, il fallait traverser en bateau le golfe de Smyrne et les dauphins faisaient la course avec le bateau.
Mon plat favori, c'était les gnocchi : pour me faire plaisir, les tantes se réuniront un jour pour m'en faire un grand plat, mais je n'en mangeais pas un seul. Ma mère disait toujours que petit je ne mangeais rien que des glaces.
1941 à 1944: La vie à Smyrne était centrée autour de trois ou quatre familles, dont les Giraud. Je me souviens d'histoires fantastiques d'oncles fous jetant les meubles par les fenêtres, d'oncles vivant sur leur yacht, d'oncles se promenant nus dans les villages.
1945 : La guerre finie, ma mère part avec moi pour l'Egypte. Le voyage en bateau dure 4 jours. A un moment donné, le bateau passe près de l'lle de Chypre.
1948: Nous resterons six mois à Alexandrie. Je me souviens de la mer, du Nil et d'Aboukir et d'un gros cuisinier arabe qui s'appelait Mustapha ainsi que du Sporting Club.
Ma mère n'était pas heureuse à Alexandrie. Elle part pour Naples où le frère de Max, Benno Vautier, a une petite fabrique de lamparos. Benno les amène un jour déjeuner au bord de la mer.
Trois Messieurs assis plus loin vinrent parler à mon oncle. L'un deux tapota ma joue et dit "oh que bello bambino !". C'était Lucky Luciano qui voulait rentrer en contact avec les représentants de lamparos de l'oncle Benno.
1947/1948 : Nous ne resterons pas à Naples. Nous partons pour Lausanne en Suisse. Entre temps, ma mère qui n'a jamais travaillé, n'a plus d'argent et nous vivons au 5ème étage d'un petit hôtel dans la rue de Rumine. Je me rendais au Collège Scientifique. Au collège, on se moquait de mon accent. J'étais très triste et je me souviens d'avoir eu souvent envie de me jeter du haut d'un pont.
1949 : Parce que la vie est trop chère en Suisse et parce que je souffre de sinusite aiguë, ma mère vient s'installer à Nice où elle a des amies.
Elle me met à l'Ecole du Parc Impérial où je me classe dans les bons derniers à cause de mon mauvais français. Elle tente alors la pension au Collège Stanislas où, à l'exception d'un premier prix d'instruction religieuse, bien qu'athé, mes études n'iront guère mieux.
En désespoir de cause, ma mère me trouve une place à la Librairie Le Nain Bleu, sur l'Avenue Jean Médecin, où je lave les vitres et suis garçon de course, dormant dans une mansarde et fréquentant la rue.
1955 à 1958: L'été, je fréquente la Promenade des Anglais, avec pour point de chute, la Pergola, face au Palais de la Méditerranée. J'aime parler peinture, politique, philosophie. J'aime me faire voir. Je me ballade avec un os autour du cou. Je me baigne tout habillé dans la mer. En 1955, je rencontre Malaval avec qui j'ouvre une boîte de nuit que nous appelerons le Grac.
Je rencontre aussi sur la Promenade des Anglais, François Fontan. Je suis cosmopolite et universaliste, mais François Fontan me convaincra de la réalité des ethnies.
Dans le domaine de l'Art, à l'époque, j'avais inventé la théorie du choc. Pour que le beau soit beau il faut qu'il choque ou ait choqué.
Je feuillette les livres d'art au Nain Bleu en cherchant le choc. Dès que je le trouvais je déchirais la page.
Je commençais à chercher une forme abstraite n'ayant pas été faite et pouvant choquer. En 1955, je découvris la forme de la banane.
Un jour, sur la Promenade des Anglais, avec un ami, je rencontrais une femme qui nous dit s'appeler Eliane Radigue. Elle nous amena chez elle, avenue de la Californie, où elle vivait avec Arman.
Il y avait ce jour-là Yves Klein aussi. Entre temps, j'avais quitté le Nain Bleu pour m'installer rue Georges Ville dans une petite librairie papeterie que ma mère m'avait achetée.
Peu de temps après je vendis cette librairie pour acheter un autre fond, 32, rue Tondutti de l'Escarène. Comme la papeterie ne marchait pas, je me mis à vendre des disques d'occasion et à décorer ma façade avec n'importe quoi. Un jour, Yves Klein vint dans mon magasin et je lui montrais mes dessins de la Banane. Yves Klein me dira: "Les bananes c'est du sous-Kandinsky, expose plutôt tes grands poèmes à l'encre de Chine, c'est plus authentique."
A partir de 59/60, mon magasin devient un lieu de rencontre pour tous les jeunes qui font du nouveau.
1959: Je me marie avec Jacqueline Robert. Enthousiasmé par le Nouveau Réalisme, par Yves Klein et Duchamp, j'écris à Spoerri une longue lettre qui sera le premier manuscrit de ma revue Ben Dieu, dans laquelle je développe la théorie du nouveau et du tout possible en art.
En 1960, Jacques Lepage m'invite au Club des Jeunes pour faire une conférence sur Tout et Rien, lors de laquelle je vends ma chemise à Arman.
1958/1960: CE QUI RESUME L'ÉPINE DORSALE DES ANNÉES 1958 A 1960 DANS MON ART C'EST L'IMPORTANCE DE L'IDÉE QUE TOUT ART DOIT APPORTER UN CHOC ET ETRE NOUVEAU
1962: Mon art sera un art d'appropriation. Je cherche systématiquement à signer tout ce qui ne l'a pas été. Je crois que l'art est dans l'intention et qu'il suffit de signer Je signe donc: les trous, les boîtes mystères, les coups de pieds, Dieu, les poules, etc...
Je vais être très jaloux de Manzoni qui signe la merde et qui me volera l'idée des sculptures vivantes.
En 1962, Spoerri, qui aime mon enthousiasme, m'invitera au Misfits Fair à Londres, où je vais vivre 15 jours dans la vitrine de la Galerie One. J'y fais la rencontre de George Maciunas qui me parle de Fluxus et m'invite à joindre le groupe.
Etant à la recherche d'extrêmes en art je suis très impressionné par George Brecht dont l'art c'est la vie simple, comme boire un verre d'eau ou ramasser une allumette ;
1960/1963: CE QUI RÉSUME L'ÉPINE DORSALE DES ANNÉES 1960 A 1963 DANS MON ART C'EST LA NOTION D'APPROPRIATION ET DE TOUT EST ART, ET DU TOUT POSSIBLE EN ART.
1962/1963: Je publie beaucoup ou plutôt je ronéote et poste beaucoup. C'est un flot incessant de Mail Art, innondant mes amis et gens d'art d'un courrier envahissant. Courrier dans lequel se mêlent théorie, poésie, appropriations et mégalomanie.
1963: Georges Maciunas vient à Nice réaliser un concert Fluxus. Je désire louer le Casino mais étant donné que j'ai aussi fait courir le bruit d'un dynamitage de piano qui aurait lieu sur scène, la direction refuse à la dernière minute de louer la salle.
Alors le concert aura lieu à l'Hôtel Scribe. Après cette soirée, avec mes amis nous décidons de fonder le Théâtre Total.
1964/1965: Le Théâtre Total est en compétition avec le Théâtre des Vaguants, le T P.N. et la troupe de Bernard Fontaine. Tous sont, d'après moi en retard de 20 ans.
Ils en sont encore à faire du lonesco, du Becket quand il faut en être au happening. Je propose alors des pièces telles que: Personne n'est admis ou La Table, ainsi que des concerts Fluxus.
1964/1965: Ce sont les années de théâtre pour moi et la troupe de Théâtre Total, Pontani, Bozzi, Annie, Dany Gobert, etc. La troupe louait les salles pour soit disant jouer du Molière. En réalité, nous cassions des pianos et remplissions la salle de papier. Après le spectacle, le problème essentiel était de tout nettoyer pour que le Directeur ne s'apercoive de rien le lendemain matin. La pièce qui a le plus de succès, c'est toujours Violon Solo de Name June Paik et Paper Piece de Ben Patterson. Je crée un Concerto de Piano pour Rachmaninoff lors duquel le pianiste s'enfuit et tout l'orchestre lui court après pour le ramener au piano.
Toujours en 1964, je me rend à New York pour rencontrer George Brecht car je considère le Nouveau Réalisme trop commercial et je préfère l'esprit Fluxus.
A mon retour je suis invité à participer au Festival de la Libre Expression par Jean-Jacques Lebel, Au Centre Américain. Ce sont les premiers happening en France.
Je m'y rends avec Serge III.
1964: On peut tout dire de moi sauf que je fasse des concessions sur le plan théorique. Dans les années 1960, je vais être intransigeant en ce qui concerne mon attaque de l'esthétisme du beau pour le beau, que représentent à mes yeux, sur le plan local Nice-Matin avec Mouraille et sur le plan national, Parinaud avec Galerie des Arts.
1964: Entre-temps divorcé, j'épouse Annie Baricalla. Je me sens à l'aise dans la rue, où je réalise mes actions. Certains même me traiteront de sous-Aguigui.
Parmi mes actions de rue: me coucher par terre, installer une table au milieu de la chaussée et me faire servir à manger par un restaurant, m'installer à la sortie d'une galerie et signer les tableaux des autres.
1964: J'ai une vieille 2 CV. Je parcours l'Europe avec. Lors de mon voyage à Prague, que je réalise avec le Nicois Serge lll, après le concert Fluxus, I'atmosphère bureaucratique ne me plaisant pas, je décide de repartir. Je casse mon pot d'échappement et je fais Prague/Nice avec les journaux dans les oreilles pour supporter le bruit. J'arrive à Cros de Cagnes, au petit matin, hébété de fatigue.
Serge, lui, reste et donne même son passeport à un jeune soldat pour l'aider à quitter le pays.
Il sera pris et devra faire 14 mois de prison. Je participe au 2ème Libre expression au Centre Américain, à Paris. Je présente la pièce "Public", lors de laquelle je regarde le public qui a payé pour rentrer (pendant deux heures).
1965: Le 11 mai à 6 h 1/2 du matin, naissance d'Eva Cunégonde à l'hôpital Saint-Roch. Le soir de la naissance, après un bon dîner à la Cave Nicoise pour fêter l'événement, Annie et moi nous faisons 100 fois le tour de l'hôpital Saint Roch en 2 CV jusqu'aux douleurs décisives.
1965: Je publie beaucoup. Le bureau de ma revue "Tout" est carrément installé sur le trottoir de mon magasin, mon système est de réagir, de prendre position pour ou contre tout ce que je rencontre en art, j'appelle cela: crever l'abcès. Je distribue mes remarques dans mes "J'aime et j'attaque".
Toujours dès ces années-là, dans la mezzanine du magasin, je crée une galerie de 3 m x 3 m que je nomme "Ben doute de tout" et où j'expose tous ceux qui font du nouveau.
Parmi les Niçois: Biga, Alocco, Le Clézio, Venet, Maccaferri, Serge lll, Robert Erébo, etc... et parmi les autres, Boltanski, Sarkis, La Monte Young, Fluxus, Le Gutaï, Filliou, etc...
Le moment important du magasin était toujours la fermeture. On rentrait les caisses et on allait boire une bière à l'Eden Bar, chez Monsieur et Madame Poulet.
1966: Filliou et George Brecht viennent s'installer à Villefranche et ouvrent "La Cédille qui sourit". Ben y réalisera la première exposition. Il fut très content mais eut l'impression que George Brecht s'en foutait complètement .
1966: J'organise à la Galerie A à Nice, rue de France, une exposition à moitié happening, à moitié uvres, intitulée: "Le litre de vin rouge coûte 1F66". Cette exposition fut importante; Viallat y montra sa forme pour la première fois. Il y eut aussl tout le groupe Fluxus.
1966: Le 12 mars, je crée une pièce de théâtre: La Table. Le rideau s'ouvrira sur tous les acteurs en train de manger et c'est tout.
1966: Invité à l'exposition "Donner à voir" à la Galerie Zunini à Paris, j'ai l'idée d'exposer la vie.
Je construis un petit tunnel qui partant d'une des salles de l'exposition débouche sous la fenêtre de la concierge. J'avais demandé à la concierge de rester dans sa cuisine assise à sa table. Cette pièce plut beaucoup à Daniel Spoerri car c'était un tableau-piège vivant.
1966 : Je m'intéresse à tout. Je découvre le travail d'Andy Warhol et je réalise avec Ferrero un film intitulé "Vous" avec un plan fixe de moi en train d'insulter le public.
1966 : CE OUI RÉSUME L'ÉPINE DORSALE DES ANNÉES 63 A 66 DANS MON ART, C'EST L'IMPORTANCE DE LA NOTION VIE/ART.
1967 : Lors de l'exposition des Nouveaux Réalistes au Musée des Ponchettes, j'organise le "Hall de la remise en question" où, en fait, rien ne sera vraiment remis en question. Filliou passera une bande: "Hommage à l'esprit d'escalier et réhabilitation des Génies de bistrot".
Dolla exposa ce soir-là du linge étendu sur une corde à linge.
Lors du vernissage des Nouveaux Réalistes aux Ponchettes, je s'assis sur une chaise, les yeux et la bouche bandés et les oreilles bouchées, avec le panneau: ne pas écouter ne pas voir ne pas parler d'art.
Un soir, Arman vint dîner chez moi. Je lui dis : je te donnerais cent uvres en échange d'une machine offset pour pouvoir tirer ma revue. Arman me prit au mot et je lui réalisais une armoire remplie d'idées. Par contre, I'offset de Ferrero ne marchera jamais très bien.
1967 : Pendant cette année, je réalise plusieurs gestes d'attitude, tels "passer une bonne journée" pour lequel j'invite tout le monde à la campagne en tant qu' uvre d'art et "Ne pas parler", geste que je décide de réaliser lors d'un vernissage, chose très difficile pour moi . Ca a failli me dégoûter du non-art pour de bon.
1967: Je fréquente alors le Félix Faure avec entre autres, Farhi, Viallat, Arman, Chubac, Venet, etc., et je me souviens toujours d'une discussion passionnante avec Viallat à propos de la déconstruction du tableau.
1968 : Pendant les événements de Mai 1968, je suis gaulliste de gauche. Les idées de mai 1968 me semblent confuses et démagogiques. je trouve néanmoins l'élan positif.
Au Salon de l'Art Contemporain, à Paris, je présente un grand tableau: "Vive de Gaulle."
1968 : Pendant ces années, je me rends très souvent chez les parents d'Annie. Ils habitent une petite maison au Cros-de Cagnes, où sous une tonnelle et à côté d'un petit bassin, le père d'Annie aime s'asseoir, bavarder et jouer avec Eva. Nous passeront tous nos dimanches à Cros-de-Cagnes, à laver la voiture et manger des spaghetti sous la tonnelle, recevant de temps en temps, en été, Buren, Kirili, La Monte Young, Guinochet, Le Clézio, etc. Je garde de cette maison un très bon souvenir.
1968 : Parmi les gestes réalisés cette année, je décide de balayer ma rue et de nettoyer le hall de la gare de Nice.
1969 : Préoccupé par l'idée de: Que faire après Duchamp ?, je lance le premier Festival Mondial non art, anti-art, la vérité est art. Durant ce festival, je vais manger du boudin, plat que je déteste par dessus tout, et je marche durant cinq kilomètres de Nice à Cros-deCagnes, chose que je n'aime pas faire non plus.
Durant ce festival, Serge lll fera du stop avec un piano, Roland Flexner mettra un poisson rouge dans le bénitier de l'église Notre-Dame et Annie et moi nous mettront en route François Malabar, qui naîtra neuf mois plus tard.
1969 : Grâce à mes publications, et au mail art je commence à être connu à l'extérieur et notamment en Italie.et enallemagne Mais ce n'est pas le côté plastique de mon travail qui intéresse, seulement mes idées.
1970: Invité à "100 Artistes dans la ville" de Montpellier, je réalise plusieurs actions dont: installer une baignoire et prendre un bain, recevoir et parler, et faire une trace de peinture dans la ville en perçant un seau de peinture blanche.
1970 : C'est l'année de mes premières expositions. D'abord à la Galerie De La Salle et ensuite à la Galerie Templon de Paris. Templon, à l'époque, a une petite galerie rue Bonaparte. Il habite dans une mansarde minuscule avec Catherine Millet. L'exposition que je fais chez lui attirera beaucoup de monde mais il ne vendra pas grandchose.sur la vitrine je mets une banderiole "l'art est innutle rentrez chez vous "
J'étais fasciné par l'ambition et la certitude de réussite de Daniel Templon.
1970 : Le 8 mars à 7 h 1/2, naissance de François Malabar à l'hôpital Saint-Roch. Nous tournerons, Annie et moi cette fois autour de l'hôpital en Estafette et non en 2 CV.
1966/1970 CE QUI RÉSUME L'ÉPINE DORSALE DES ANNÉES 1966 A 1970 DANS MON ART C'EST LE DOUTE ET LA RECHERCHE D'UNE SITUATION POST DUCHAMP A PARTIR NON PAS DE LA FORME MAIS DE L'ATTITUDE.
1971: Je communique essentiellement avec les groupes marginaux grâce au Mail Art et à Fluxus. Je sers à Nice de catalyseur et d'informateur de tout ce qui se passe dans le monde. En fait, à partir de 1971 je mène deux activités à la fois: le magasin et l'art qui ne me rapporte rien mais me passionne. Ca me créera des problèmes car il est difficile de continuer à garder le magasin et voyager en même temps. On me propose souvent d'aller vivre à Paris mais cela je le refuse, pour deux raisons parce que je suis ethniste et convaincu qu'aller à Paris serait abdiquer, et ensuite, je ne peux pas me passer de la mer et de l'ambiance de la culture du Sud.
1972: Mon magasin est trop petit et il y a trop de monde. Je décide donc de louer un appartement qui se trouve au rez-dechaussée juste en face. On peut y rentrer par la fenêtre. C'est pour cela que j'appelle le lieu "La fenêtre" et j'y expose l'avant-garde niçoise dont Jean Mas qui laissera La Fenêtre ouverte pendant 10 jours après avoir passé une annonce dans le journal, proposant le lieu aux extra-terrestres.
1972: C'est l'année des grandes expositions, celle du Grand Palais à Paris, Documenta à Kassel et de Luzerne. A Documenta, je place une énorme banderole au-dessus du Musée avec l'inscription: I'art est inutile et au Grand Palais je refuse de décrocher, trouvant l'attitude des décrocheurs démagogique et malhonnête.
L'art marchant un tout petit peu mieux que les disques d'occasion, je décide de lui consacrer tout mon temps. Mais que faire du magasin ? Je décide alors de le démonter pour pouvoir l'exposer. Ce travail, je l'effectue dans le jardin de ma maison de Saint-Pancrace, maison de fermier que j'ai achetée entre temps et que j'ai appelée : Chez Malabar et Cunégonde.
1972 : Je suis invité à participer à une expo de groupe au Guggenheim à New York. Je réclame un bus pour amener tous les invités faire un tour. En réalité, j'ai l'intention de les abandonner à 40 km de New York dans les bois. Mais le courage me manque et d'ailleurs le chauffeur refuse de les abandonner.
Par contre, Maciunas, du groupe Fluxus, distribue des chocolats (en réalité des purgatifs puissants) à tous les voyageurs. Et le lendemain, dans l'avion New York-Paris, Viallat, Kermarrec et d'autres passeront leur temps à courir aux toilettes.
1973 : Je réalise la Déconstruction du tableau. Il s'agit d'une uvre de 176 panneaux cherchant à contenir tout ce qu'il y a dans une peinture. Le geste, la mère, la peinture, le temps, I'ego, etc...
1973 : Toujours préoccupé par la théorie, je publie chez Gian Carlo Politi mes textes théoriques. On s'aperçoit en les parcourant, qu'à travers exubérance et extrémisme, un fil conducteur est toujours là: la recherche du nouveau.
1973 : Ad Petersen du Staedlijk d'Amsterdam me propose une exposition. J'irai avec Annie. Je réalise ma première rétrospective, jouant la carte du TOUT.est art
1973 : Je réunis dans un petit ouvrage édité par Bruno Bischofberger, la série complète de mes gestes. Je fais cela dans le cadre de l'art conceptuel qui est en pleine vogue à l'époque. Parmi ces gestes, signalons: cirer les chaussures des autres, penser à l'histoire de l'art, planter un clou pour accrocher un tableau, signer la ligne d'horizon, etc., etc.
1974 : C'est la première année des POUR ET CONTRE. Sur la pelouse de chez Malabar et Cunégonde, il y a un micro, une grande table, un buffet. On discutera tard dans la nuit. Certains viendront pour le terrorisme de ma prise de parole, d'autres pour les merguez. Les expos ont lieu dans deux garages, donnant sur une pelouse.
Parmi ces Pour et Contre, on se souviendra du Tas d'Arman, de la discussion avec Combas et Di Rosa, de I'exposition de Mosset et son arrivée bruyante avec 80 motards de la Bastille, etc.
1974 : Invité à Varsovie par la galerie Foksal, je réalise une exposition intitulée: Exercice sur l'ego, dans laquelle je propose en tant qu' uvre d'art: Le suicide, ne plus faire de l'art, devenir facteur, copier, rater sa carrière, ne rien faire, changer de style, etc.
1975 : Ponthus Hulten, directeur de Beaubourg, achète mon Magasin qui devient une des plus grandes pièces de Beaubourg.
C'est un des rares conservateurs de Musée courageux qui n'a pas peur de mettre de la création dans un musée, et non pas uniquement de la consécration. Un homme de la trempe de Szemann.
1975 : Arrivée à l'aéroport de Nice d'Abrac Adabra la belle, bébé Mastif napolitain, que nous avons eue par l'intermédiaire de Jean Claude Farhi. Elle arrive du chenil de Marie Gabrielle de Savoie pour, dans son émotion, pisser sur les pieds du monsieur préposé au fret de l'aéroport. Toute la famille, Annie, Eva, François et moi en tombent amoureux tout de suite, et ça dure. Elle est la seule à avoir du sang bleu à Saint-Pancrace.
1975 : Dans ces années, j'irai souvent donner des cours dans des écoles de Beaux-Arts. D'ailleurs, j'aime le contact avec les élèves. Je cherche à les provoquer. Ainsi, à l'école des Beaux-Arts de Toulouse, je donne mon cours sur le Body Art tout nu ; à Marseille, je prends des somnifères pour dormir et à Nimes, je projete un film porno.
1976 : Je n'aime pas les vernissages style "vernissage" c'est-à-dire "oh ! que c'est beau, as-tu vu ma robe?", le verre de champagne à la main. Je réalise donc des actions lors de mes vernissages. A la galerie Daniel Templon, je me mets sur un tabouret avec une corde de pendu
autour du cou, tenant l'inscription: que celui qui ne m'aime pas donne un coup de pied dans le tabouret.
1976: Avec la série des "Petites Idées", mes tableaux, jusqu'ici un peu pompeux et consécratoires, deviennent plus subtils. Je m'intéresse au détail. Il s'agit là, sans doute, de l'influence directe de John Cage.
1976 : Je ne gagne pas beaucoup d'argent et Annie est obligée de travailler comme secrétaire. Je cherche donc à être professeur à l'école des Arts Décoratifs de Nice. Je me présente en même temps que Pluchart. Les élèves me préfèrent mais c'est Pluchart qui est pris. Encore aujourd'hui, J'aimerais avoir ce poste mais en vain.
1977 : Mon intérêt pour les ethnies va croissant. Lors de l'exposition, A Propos de Nice, exposition inaugurale de Beaubourg, j'insiste pour que le catalogue contienne dix pages sur le problème occitan et qu'à l'entrée de l'expo, il y ait une banderole Nissa Rebella.
J'aurais voulu apprendre le niçois mais je suis trop nerveux pour m'arrêter calmement sur quelque chose de précis.
1977 : La façade de ma maison commence à se remplir et bien que j'ai promis de ne pas déborder de plus d'un mètre de la maison, j'envahis petit à petit la pelouse avec des baignoires, des bidets et des cuisinières remplies de terre dans lesquelles je plante des géraniums. C'est la guerre avec Annie qui déteste les cuisinières: ça pourrit, ça s'effondre, ça se casse. Heureusement ma belle mère qui est mon alliée inconditionnelle arrose mes géraniums et leur dispense engrais et soins attentifs.
1977 : A partir de 1977, je commence à écrire en voyage mes fantasmes sexuels. Il s'agit de fantasmes de voyeur jaloux.
1978 : Je demande et reçois une bourse pour travailler à Berlin pendant un an. Je commence par ne manger que des pizza tous les jours ou j'oublie carrément de manger, au point de m'évanouir dans un restaurant un jour. Toutes les nuits à I h du matin, je téléphone à Annie pour savoir si elle est seule et lui raconter mes soucis. Je lui fais dire tout haut "Je suis seule et de toutes manières je n'aime que Ben". A tout hazard.
Je découvre l'expressionnisme allemand de Salomé et Castelli et à mon retour à Nice, je cherche à organiser une exposition des Berlinois qui aura lieu en 1980.
1979 : Je crée le terme FIGURATION LIBRE. En Italie. on parle de la Transavvanguardia, en Allemagne on parle de Violent Painting, en Amérique de Bad Painting, il manque un mouvement pour la France. Templon propose les "Nouveaux Français". Mais je préfère: Figuration Libre car je pense que ce retour à la figuration contient avant tout une revendication de liberté. Je propose à Marc Sanchez, qui s'occupe de la Galerie d'Art Contemporain à Nice de réaliser avec moi la première exposition de Figuration Libre en France. Ce sera l'Air du Temps, qui eut lieu en 1982, en été.
1979 : Je suis abonné au Monde et à Time Magazine. Je lis surtout les rubriques de politique internationale. C'est la seule chose qui me fasse décoller de l'art.
1979 : Je commence un livre sur les ethnies. C'est un livre de questions et réponses qui cherche à convaincre le lecteur que l'avenir du monde est pluri-ethnique. En 1985, j'en suis encore à ma deuxième version à laquelle ont travaillé Annie, Pierre Le Pillouer et Christian Artaud. Je mets beaucoup d'importance sur ce livre, il m'arrive souvent de dire: on ne se souviendra peut-être pas de moi comme artiste mais comme précurseur de l'ethnisme et Fontanien.
1979: Art Press me demande de réaliser un numéro sur les minorités culturelles. Je prends très à c ur la réalisation de ce dossier et je serai très déçu à sa parution en m'apercevant que Jacques Henric s'en est servi pour règler ses comptes avec Jean Edern Hallier. Ceci dit, ce numéro restera un numéro de référence d'Art Press.
1980 : C'est l'époque des radios libres et Alain Mielou de Radio Nemo me demandera d'y participer. J'y prends goût, le micro ca me connait. J'animerai donc une émission sur la culture à Nice avec pour générique de départ la musique de Dallas.
1980 : Berlin. Mes trois activités principales quotidiennes à Berlin sont: me promener sous la neige de cabine en cabine pour trouver une cabine détraquée par les Turcs pour pouvoir téléphoner gratuitement à Annie toutes les nuits. Deuxième activité: danser jusqu'à 6 heures du matin au Métropole (ancien cinéma transtormé en boîte de nuit) et enfin rédiger une lettre publique tirée à 300 exemplaires: la lettre de Berlin.
1982/1983 : C'est l'arrivée des FRAC (fonds régionaux d'acquisitions). Je les attaque fortement dans sa revue Reg'Art, etc. dans laquelle je dis qu'il s'agit d'une fausse décentralisation car ils achètent trop à Paris et aux artistes parisiens. Mon attitude envers les FRAC est un exemple de mon attituded envers la politique culturelle: je ne suis jamais neutre, je prends toujours position, pour ou contre. Quitte à faire des autocritiques et rectificatifs plus tard.
1982 : Je n'arrive pas à travailler seul. J'ai constamment besoin de communiquer et de m'expliquer. Beaucoup de jeunes peintres à Nice deviendront pour quelques jours mes assistants. Le travail consiste souvent à ne rien faire, car je dis ce qu'il y a à faire et le fais Citons parmi mes nombreux assistants de quelques jours: Lanneau, Maxime, Vialard, Fenollabbate, Denis Martinel, Henri Olivier, Joel Sanouillet, François Morini, etc.
1982 : Pour un concours de sculptures ouvert par la ville de Poitiers, je propose quatre sculptures dont une femme nue sur les genoux de laquelle on peut s'asseoir et une autre, une sculpture penchée presque en déséquilibre.
1983 : Parce que je trouve que Templon ne m'expose pas assez, je décide de réaliser une série d'expositions à Paris. Je n'aime pas l'idée d'être classé dans un seul style. Je veux pouvoir tout me permettre. Ainsi j'exposerai : les Trous chez Durand Dessert, les Vitrines passées au blanc d'Espagne chez Chantal Crousel, les Exercices sur rien à la galerie La Hune, les Photos chez Créatis, les Portraits à la galerie Nahon, les Ecritures classiques chez Templon, Matière et transformation chez Fournier, la Figuration Libre chez Avant-Première, Fluxus chez Donguy, les Bananes chez Lucien Durand, les Objets et la Facade chez Lara Vincy. Bilan de gloire: positif, bilan financier: même pas les frais.
1983 : J'organise une exposition de la jeune création du Sud sur les quais de la Gare du Sud. Martine Doytier trouvera le titre: "Un artiste peut en cacher un autre". C'est une exposition mémorable qui, hélas, ne durera pas plus de huit jours car aucun gardiennage n'est prévu. Je réalise cette exposition avec 5.000 F seulement et je déclare : "Quand je pense qu'il y a des expos qui coûtent 50 millions et ne font pas mieux . . . " .
1983 : Flash Art International me demande une série d'articles sur le Sud de la France. Je parle de Nice, de Marseille, deToulon, de Bordeaux, etc.. dans une série d'articles dans lesquels je défends l'idée de la spécificité d'une culture occitane.
1983 : J'expose à Beauvais dans la ville, sur les panneaux taires municipaux. Un des panneaux sur lequel est écrit: On est tous des racistes" est détruit.
1983 : Contrairement à la mode des micro-processeurs allant de 16 à 64 K de mémoire, petit à petit, j'ai des trous de mémoire. Je suis obligé de faire des listes toute la journée et même des listes de listes, que j'oublie souvent dans les bistrots. Et alors c'est le drame.
1984 : Name June Paik réalise une grande émission de télévision le 1er janvier 1984 en duplex de New York et Paris, "Hommage à George Orwell" pour laquelle il m'invite avec Combas. Combas et moi on se gèle toute la nuit à peindre sur la terrasse de Beaubourg, pour passer à la télé même pas 30 secondes. Nous sommes furieux et jaloux.
1984 : Très important: Je prends du ventre et ne cherche pas à le faire partir. J'ai même beaucoup de plaisir à le caresser. Seul et grave problème: mes pantalons ne me vont plus. Mais à ce propos, il faut signaler que je m'habille à la frippe rue Stalingrad, où les vêtements sont vendus au poids.
1958 à 1984: Je suis un classeur maniaque. Pour me désangoisser, je m'attaque à un classement ou à balayer, autre forme de classement, c'est-à-dire à faire des petits tas.
1980-1985: L'ART PERD DE SON IMPORTANCE POUR MOI. JE CEN TRE DE PLUS EN PLUS MON INTÉRET AUTOUR DES ETHNIES. LES
ARTISTES ME DONNENT L'IMPRESSION D'ETRE TOUS DES GRENOUILLES SE GONFLANT POUR RESSEMBLER A DES VACHES.
1985 : Depuis des années, je parle toujours de m'arrêter mais dans mon bureau à l'en-tête: Projets, il y a une énorme pile de dossiers et
elle ne cessede grandir. Si on la feuillette il y a: "Ça s'est passé à Nice" un film sur la gêne, une revue sur les ethnies, une radio qui passerait uniquement de la musique nicoise, un livre porno, une
expo de miroirs, etc., etc...
1985 : On ne peut pas dire que je sois un artiste qui ait réussi, j'ai de la notoriété mais je n'ai pas "réussi" selon le critère officiel de la réussite. je casse l'image de mon propre boulot et je n'aime pas être pris trop au sérieux.
1985 : Claude Fournet me propose une exposition à la GAC.
J'hésite longtemps entre un nouveau travail, une rétrospective ou un fourre-tout. J'opte enfin pour le fourre-tout, espérant avoir assez pour tout remplir car j'ai en même temps une exposition à Valencia et une exposition en Allemagne.
1985 : Je veux abandonner l'art encore une fois. Je dis avoir une indigestion des produits qui m'entourent et n'être qu'un pion dans les mains du pouvoir culturel.
Cette biographie est reprise dix ans après en 1995 voyons si je vois le monde autrement .
1985 Exposition au Musée d'Erlangen. Je n'arrive pas à décider si Fischer, le Conservateur aime ou pas mon travail.Le catalogue traine.
1986 Je commence à vendre des éditions. Les premières avec Martine Laydet un Tee Shirt "Je me sens seul", un Tee Shirt "Art", un autre "je peux tout me permettre". Dois-je continuer à faire des éditions ou pas ? les chaussettes c'est peut être un peu trop.
1986 Voyages : je vais à Malmö et ce dont je me souviens aujourd'hui ce n'est que du bateau, de la mer du Nord et des Suédois qui ramènent du wisky du Danemark.
- Jean Digne m'invite à Ankara mais j'ai trop peur d'y aller. Je suis persuadé qu'on va m'y assassiner à cause de mes opinions pro-Kurdes.
Par contre j'expose à Genas chez Guillaumon. Une exposition agréable, une bonne ambiance, mais c'est un trou perdu.
1990 Les caravanes j'ai une bonne idée : demander à des artistes de faire une Caravane et de faire le tour de l'Europe. C'est domage ça devient triste car une société de communication s'en occupe et ça se réduit à un Paris/Sète. Les caravanes de Mosset, Spoerri et Combas sont pourtant très belles.
1986 j'édite La Première internationale ethniste et je me vois comme Trostsky, changeant le monde. En fait très peu d'impact.
- Catherine Millet attaque mon tableau sur Kadafi exposé chez Templon et je lui réponds dans Art Press
1987 Expo personnelle au Musée de Ceret. C'est ma première grande expo dans laquelle le catalogue et l'exposition tournent autour du thème de la défense des minorités et de l'identité. PJ Galdin nous emmène avec annie au vernissage et pendant tout le voyage en voiture, sous une chaleur écrasante mes chaussures puent horriblement.je me demande comment galdin a pu me supporter
Didier Guichard me prête un espace dans une Cafétéria Casino sur la Promenade des Anglais où j'organise des expositions sur la jeune création niçoise. Je réalise 6 expos dans l'année avec débats.
1987 Une grande exposition à Toulouse, Labège Innopole avec PJ Galdin pour laquelle on sort le petit livre "la vérité de A à Z" où j'ai fait un travail avec Odile Biec et annie sur le principe du dictionnaire. Je trouve toujours ce petit livre très bon. L'expo d'après Galdin fut ma meilleure mais quelle idée de mettre un centre d'art contemporain si loin de la ville encore le résultat de luttes d'influence stérile et politique.
1987 j'accepte toutes les expos qu'on me propose. Je pars du principe que du moment où on me censure pas il y a toujours quelque chose à communiquer.
Je transforme la Galerie Le Chanjour en apartement. L'expo s'appelle "comme chez soi" l'ambiance est bonne, il y a beaucoup de monde mais on ne vend rien.
Pour défendre la créativité des villes du sud je décide d'inaugurer une série de matchs : Onze artistes du Sud contre onze artistes de Marseilles. Le premier match a lieu à Nice le deuxième au Musée de Toulon et il est très animé et il y a une très bonne ambiance. Quand je décide de continuer avec un match Toulouse/Nice la police parisienne débarque et me dit que si je continue à faire ces matchs j'aurais des problèmes parce que quelqu'un avait eu ce projet avant moi. Paranoïaque comme je suis je pense qu'on a tout simplement voulu me faire peur.
Je me lie d'amitié avec Michel Batlle qui défend à sa manière les ethnies et les minorités et qui n'aime pas trop l'art. Il fera plus tard une revue : Articide.
1987 Je participe à Art Jonction avec un petit stand où je vends les fromages de chèvres de ma fille ou je prends un bain etc.
Je continue à écrire dans Arthèmes, et j'envoie ma lettre aux peuples du monde.
Je donne un concert Fluxus dans un restaurant à Genève où je casse une énorme pile d'assiettes.
1988 A la Villa Arson, pour l'exposition "sous le soleil exactement" je décore trois salles de classe avec des citations sur l'art. Sept ans plus tard elles y sont toujours et souvent un élève me dit : tiens cette citation m'a fait penser à... et m'a fait changer d'avis.
1988 - En Octobre, Mariage à Amirat d'Alain et Eva Les voitures sont fleuries par Georgette, la maman d'Alain. Annie et Eva ont eu un mal fou à trouver une robe pour Eva à deux semaines d'accoucher, "très enceinte".
1988 - Le 18 octobre Benoît nait après des heures longues et douloureuses pour sa maman, son papa et sa grand mère et le docteur s'écrit : oh le beau petit blondinet !
Depuis Benoît s'est fait raconter souvent cette exclamation et la première fois qu'annie lui a raconté ça il lui a dit, incrédule, en ouvrant de grands yeux : j'étais encore plus beau que maintenant ?
1988 -Au Centre Culturel de Tours je fais une expo Ben avec une casbah noire contenant quelques pièces maîtresses de l'histoire de l'art et un énorme serpent tout autour avec mes tableaux dedans.
1988 - Françoise Adamsbaum réalise deux montres avec moi : "J'ai le temps" et "Toujours en retard". Je n'aime pas trop l'idée de ce marketting mais ça contribue à me faire connaître en fin de compte.
1989 en Mai, la croisière de l'Art Contemporain : Ce qui est bien dans cette croisière c'est que je pars avec mon fils et que c'est gratuit. Jamais je ne serais parti pour une croisière payante. C'est néanmoins un bon moment : la mer, les îles grecques. Le prétexte de la croisière : discuter d'art. Ceci étant, quand j'essaie d'y repenser je ne me souviens pas d'une seule discussion qui m'ait apporté quelque chose de nouveau.
1989 mort de ma mère paisible un soir de Novembre à huit heure du soir. Ma mère a beaucoup compté pour moi. Je crois que c'est d'elle que je tiens cette hantise de la "vérité". Et pourtant je commence à douter si c'est vraiment la vérité que je cherche ou c'est me servir de la vérité comme une arme pour satisfaire mon ego.
1989 Je découvre la Farfouillette qui me demande même d'organiser une exposition de groupe. L'idée d'exposer dans une brocante me plait. Je crée un tampon "tout ce qui a été acheté à la Farfouillette est oeuvre d'art".
1989 J'écris de plus en plus et je peins de moins en moins. Mon vrai atelier est devenu le salon et mon ordinateur et plus mon atelier où je descends de moins en moins.
1990 Il y a des artistes que j'aime bien tels que Présence Panchounette, Jonier marin, Bruno Duval parce que chez eux ce n'est pas tellement le produit mais l'attitude qu'ils ont envers l'art qui compte.
1990 Jean Noël Flammarion vient à Nice avec Pierre Brochet pour me demander un grand livre. Je suis très fier. Nous allons déjeuner au Cours Saleya. Il fait un soleil superbe. Ils dorment à la maison et le lendemain matin on s'éveille dans Saint Pancrace tout blanc. Ils sont très étonnés et moi j'en suis fier comme d'un prodige personnel. C'est dommage, le livre n'est pas encore fait, j'ai toujours autre chose en cours. Mais j'en parle beaucoup.
1990 : Deuxième croisière de l'art, avec annie cette fois. Elle est très enthousiaste, adore le bateau au point de passer la première nuit qui est très agitée, sur le pont. Moi j'ai très chaud à Pompéi et les discussions ronronnent. Je fais un spectacle un soir avec des photos de famille que j'explique longuement. Je me rappelle de ce voyage que Fassianos danse le sirtaki comme personne et un spectacle d'ombres magiques fait par lui et Tassos que j'ai adoré. Après le Stromboli n'a pas craché de feu et j'étais content de retrouver Saint Pancrace.
1990 : Exposition à Florence, chez Vivita je me mets à poil sur un canapé et j'y reste pendant tout le vernissage.
1990 naissance de Tom, frère de Benoît, le 7 Août aussi blond que lui. Et je deviens pépé Ben, pépé magie. Je réapprends tous les tours que je faisais pour amuser François et Eva.
Mes petits fils au début fascinés cherchent très vite à faire mieux que moi. Je suis très vexé.
Gino Di Maggio organise une grande exposition "Pianofortissimo" à Gênes avec tous les artistes Fluxus et leurs pianos.
Inauguration du Musée de Nice. Il y a toute une campagne de presse une mayonnaise qu'on fait monter autour du "racisme" de Jacques Médecin. Jack Lang ne prête pas des pièces que le Musée de Nice lui demande. Je prends position pour le Musée, mais je vais à l'inauguration avec une veste où est inscrit : non au racisme. Tout ça met tout le monde mal à l'aise, les artistes, les conservateurs. Ce qui me gêne c'est qu'on a l'impression ici que ce sont les parisiens qui moralisent et qui décident que Nice doit être punie.
A Rome j'expose le grand tableau "Le Titanic" et au vernissage il y a un orchestre avec violons comme sur le Titanic. C'est pour montrer que l'art coule
Templon veut lancer une Fondation à Fréjus avec un très bel accrochage d'inauguration.
C'est l'année de la guerre du Golfe. Je suis contre cette guerre qui me semble être le fruit de la manipulation des Etats Unis et je suis furieux quand la France donne son appuie. J'envoie des lettres ouvertes à l'EDJ et à d'autres journaux. Personne ne les publie. J'ai l'impression d'être le seul en Fran ce à penser ce que je pense.
1990 Mes rapports avec les intellectuels parisiens sont tendus. Je les taxe d'ethnocentrisme, de nombrilisme, d'élitisme. Leur discours universaliste "sortis de la cuisse de Jupiter et des années lumières" m'agace profondément.
1990 Ce Noël là François qui fait ses études en Belgique nous ramène une Raphaelle Lilloise. A l'aéroport je ne reconnais pas François qu'on a bizuté et qui est rasé alors qu'il avait les cheveux longs. Pour Noël qui se passe toujours en famille nous irons tous chez Eva et Alain et ce sera un noël tout blanc.
1er Janvier 1991 Arrivée de Farah, le Ier janvier à l'aéroport. Elle est merveilleuse et ressemble comme une soeur à Habra, qui nous a quitté en 86, et qui dort dans le champs. Elle chie partout et pisse en plus dès qu'on la gronde. Elle va manger allègrement plusieurs divans, chaussures, lunettes, livres. Quand on se dispute elle vient au milieu de nous et tourne comme un requin, très angoissée. Quand on s'embrasse elle vient aussi près de nous mais en rigolant et elle veut aussi qu'on l'embrasse.
1991 Germain Viatte me donne le Forum de Beaubourg où je mets des citations et des questions sur l'Art avec l'aide de Catherine Francblin.
Ceci étant je ne me sens pas très libre.
1991 Il y a maintenant au Musée de Nice une pièce de moi, une "Chambre" Ben. j'aime surtout qu'on me dise à la réception qu'elle attire beaucoup de monde.la difference avec celle de beaubourg c'est quelle est prefabriqué
et qu'elle contient des textes en Nissart
1991 Amiel de Z'éditions publie "L'ethnisme de A à Z" Comme d'habitude je m'attends à un grand succès et à être inviter à Apostrophe et aux Nations Unies mais c'est un semi-bide.
De plus en plus de petits éditeurs me proposent des sérigraphies et des éditions que je considère en grande partie puériles et bidon.
1991 - Après avoir longtemps hésité je décide de publier mes fantasmes érotiques "Chacun sa vie chacun sa bite".
j'ai peur que tout le monde croit que ma femme me trompe mais elle est irreprochable
Je vais à New York exposer chez Emily Harvey, une exposition sur les minorites aux usa et l'imperialisme de bush ,suis heureux car les Black Panters rencontrés sur Times Square viennent m'écouter parler.
illustration
A partir de 1991 j'essaie de trouver une idée neuve pour chaque expo question de ne pas trop me répéter.
Gino Di Maggio réédite tous mes Bav'art dans deux gros volumes. J'en suis assez fier. A cette occasion je fais une exposition à la Mudima durant laquelle je fais traverser aux visiteurs de l'expo la "piscine de la peur" au sous-sol de la Galerie.
Je participe à la Biennale de l'art contemporain à Lyon et je mets des citations sur les murs en tansferts et dans l'espace des menus de restaurant avec des phrases Fluxus.
A Nice deux affiches sont apposées un peu partout : une qui dénonce une pièce de George Brecht (que j'ai prêtée au musée) et l'autre une de mes pièces : avec votre argent on montre ça !
Littmann de Bâle organise une grande exposition de groupe avec Tinguely, Spoerri, Eva Aeppli, etc et moi dans un train. Chaque artiste à un wagon. Dans le mien je fais une chambre érotique. J'aurais tous les soucis du monde à récupérer le contenu. Tinguely qui m'avait dit : ne te fais pas de soucis je te protègerai de Litman, meurt entre temps. Sa mort m'a rendu très triste aussi.
A la galerie Camomille, je fais une exposition de miroirs "Sept ans de bonheur"
J'expose la Déconstruction au premier étage et un trop plein en haut de la Galerie Nahon. J'aime bien revoir la Déconstruction après tout ce temps.
1992 Expo personnelle "il faut se méfier des mots" chez Catherine Issert. Moi qui croyais en l'importance des mots je m'aperçois qu'il faut s'en méfier.
1992 Exposition à Ajaccio à la Galerie la Marge. J'aime bien l'ambiance. Ils sont vraiment pro-Corses.
Toujours des angoisses de gloire et la peur qu'on ne parle plus de moi. Je me dis parfois : il faut que je quitte Nice mais ce serait aller contre mes principes et je m'accroche.
J'expose à la Galerie Shupenhauer :" I dont want to do art I want to be happy." Je suis content du titre. mais elle me rend trés malheureux en oubliant de me payer mes frais
1992 Exposition universelle à Séville, Je crée un véritable scandale en exposant au Pavillon Suisse de Séville : la suisse n'existe pas." Le scandale monte jusqu'à la chambre des députés où on interpelle l'organisateur de l'exposition.
1992 j'expose chez Bugno à Venise. Ca nous donne l'occasion de visiter venise avec annie qui en est très contente. Nous rencontrons à Venise Barbarin le critique théatral d'Arthèmes et nous passons avec lui une très bonne soirée. Annie photographie les chats et les glycines. Bugno le jour de notre arrivée nous offre le champagne sur son bateau pour le plus grand enthousiasme d'annie.
1993 Sortie de l'Atlas des futres nations du monde avec les cartes de françois fontan qui ont besoin de quelques rectification mais qui sont en general correct je sent que c'est de la prévision a longue écheance car ce qui se passe dans le monde me donne raison
1994 Pendant deux ans de suite je vais participer au Carnaval. Je le fais pour défendre la culture niçoise et je réalise donc un char couvert d'écritures en niçois, en 1993 La Ratapinhata et en 1994 Lou Babi. Mon succès populaire est très important. Tout le monde dans la rue qui me croise m'en parle
1993 J'expose chez Bize, à Nancy un lit et des tableaux fluorescents qui se voient dans la pénombre.le theme ce l'exop est politique ellke s'apelle et pendant ce temps la
"il y des morts de partout )
1993 - Au Walker Museum, lors de l'exposition "In the spirit of Fluxus" j'ai reconstituté ma chambre de la Galerie One, à Londres. J'ai vu la limousine blanche de Prince passer dans la rue comme un transatlantique sur l'océan.
1993 A la galerie Arcade, nous faisons avec Jean Mas une partie d'échecs. Lors de cette partie on doit manger effectivement les pièces qu'on gagne. Je suis vainqueur. parceque je joue nue comme dansla partie avec duchamp et ça le déroute
1993 : trouvant l'accrochage de ma Chambre au musée pas très bien fait, je décide Perlin d'organiser une exposition de pièces importantes pas vues à Nice, soit : la Déconstruction, le Titanic, J'ai rêvé. Ca s'appellera "je suis vivant je suis à Nice".
1993 : Je donne pour les Toits de Paris à l'Abbé Pierre une toile : Sans toit je meurs et je suis content de savoir que c'est Robert Combas qui l'a achetée. Comme j'aime beaucoup Robert ça me fait plaisir.
plustard je le vois reproduite sur lcouverture de macadam
1993 : En Juillet grande inauguration du nouveau lieu de Pierre et Marianne Nahon "Notre dame des Fleurs". Réception somptueuse sur la pelouse et un très beau monde. event et happening improvisé Didier Guichard se fait piquer par une abeille et Léo Castelli a un malaise. Après un moment d'émotion tout retourne au calme rien n'était grave.
1994
A partir du moment où j'ai commencé à être un peu connu on a commencé à me demander des toiles pour aider les causes. humanitaires J'ai accepté mais en insistant pour donner une pièce concernant le sujet.
Ainsi pour Amnysty, pour l'Arménie, pour le Secours Populaire, pour le Sida, pour les Toits de Paris, pour Equilibre, je fais des tableaux ; il n'y a que pour Sarajevo qu'on me le refuse parce que je dis que je comprends pas et je refuse de prendre position contre les Serbes parce qu'ils vivent sur le territoire qu'ils revendiquent et donc j'opte pour l'autodétermination.
1994 -Je dors mal la nuit, j'ai des angoisses qui se mélangent. Des angoisses d'argent, d'art, de vérité. D'une part je veux changer le monde et être un révolutionnaire et d'autre part je veux une belle voiture, vivre confortablement et avoir autant de gloire que César. Tout ça c'est très difficile à concilier.
1994 J'expose "A bas la culture" chez Daniel Templon. Une tour de Babel avec un discours sur les cultures et les peuples.
Au vernissage beaucoup de jeunes, beaucoup de questions. Je développe un nouveau thème qui souligne que la culture peut devenir une mayonnaise dangereuse qui désinforme et même manipule.
1994 J'en suis à ma cinquième "lettre aux peuples inquiets." A chaque fois je m'inquiète j'attaque la position de la France dans la guerre du golfe et je me dis : il va y avoir des réactions méchantes. Le pouvoir ne va pas le supporter. Ils vont réagir et la paranoïa me prend. Mais décidémment la France ce n'est pas la Turquie et on me fout la paix.
1994 Je ne sais plus où est le mauvais en art. Je ne refuse pas les expos de groupe parce que les artistes y sont soit-disant mauvais. Ma notion de jugement est en train de changer. Moi qui était si sûr de ce qui était important en art je ne le sait plus.
1994 Pour Hors Limites au Centre Pompidou je restaure le mur gauche du Magasin. le jour du J'achète un fauteuil aux puces et je me lave les pieds pour ne pas rester debout bêtement à dire des banalités. Quelqu'un en profite pour me voler mes chaussures. Sur le moment ça me démoralise car j'étais si fatigué que je ne me voyais pas aller acheter une paire de chaussures Alain Bizotde Liberation me prend alors en charge et me donne une des siennes.
1994 J'expose la Tour de Babel à Biarritz bonne ambiance . Bonne discussion ethnique avec Abebery et sa femme.
ça fait plaisir de rencontrer des gens qui comprennent ce que culture et peuple veut dire
1995 : Je travaille sur mon catalogue raisonné. Plus de 3000 pièces inscrites. Certaines me font rire et je me dis : au moins j'en aurai fait rire un. Mais jouons cartes sur table ce catalogue raisonné n'est ni complet ni parfait. Je ne sais pas où se trouve un tiers de ces pièces.
Cependant comme je suis un maniaque du classement je vais persister
1995 Mont de Marsan, où je montre la Tour de Babel je tousse toute la nuit et pour ne pas déranger mon voisin de chambre qui frappe à la cloison je dois me réfugier dans la salle de bain. Puis je pars dans la rue visiter les bars je finit en dansant la sevillanne à trois heures du matin.
1995 A Lausanne j'ai fait un cours au M B A sur la créativité. Tous ces futurs grands cerveaux sont des monstres d'ambition et de cynisme réaliste avec oeillères ethno et egocentque je sens que l'on va tous a la catastrohe mondiale avec cynisme
1995 Qui suis-je ? un artiste.
Mais qu'est-ce qu'un artiste ?
L'artiste est-il celui qui réfléchit sur l'histoire de l'art et essaie de la changer ?
L'artiste est-il un pion manipulé par les pouvoirs politiques en place pour leur servir de décorateur ?
L'artiste est-il un simple ou est-il le fou du roi ?
1995 J'aime de moins en moins voyager. Dès que je dois partir je tousse et je vomis le matin. Je me sens très malade.
Je suis pris en mains à Pasteur et on me fait tous les examens et il ressort que ma toux en gros c'est de l'anxiété.
Coup de vieux. Je n'ai plus la force de faire un concert Fluxus. Trop compliqué à organiser.
1994 Fluxus renaît. Il y a des expositions de Fluxus un peu partout, à New York, aux Etats Unis, en Allemagne, à Saint Pettersbourg. Voila un mouvement que certains croyaient moribond et qui devient important . Sans doute parce que ça ne voulait pas être important et que son petit côté anti carriériste accroche l'histoire de l'art.
1995 Blistène me propose une rétrospective à Marseille. Je suis content que ça se passe à Marseille parce que je n'aime pas le centralisme parisien. (voir préface)
1995 Je voulais des expos et j'en fais mais j'en ai marre.Je sais plus pourquoi je les fais. Les ethnies m'occupent l'esprit plus que l'art.
1995 côté famille malgré mon pessimisme je dois dire que pour le moment tout est très bien. Eva et Alain vont nous donner un autre petit en Octobre et leurs fromages de chèvres se vendent très bien. François et Raphaelle ont l'air bien ensemble et chacun a trouvé un créneau qui lui convient. Je suis content de ma famille. La maman d'annie me fait toujours le café du matin et à 92 ans me donne ses avis politiques elle a un bon sens qui a le don d'appaiser mes angoisses.
1995 Je fais construire une piscine dans mon champ. Annie s'y baigne depuis le début de Mai. Farah mon mastif napolitain la regarde avec envie mais a peur de l'eau
Suis-je devenu un pourri ?
Je suis inquiet j'ai peur de perdre la mémoire.
- J'écris un texte : A bas la culture que je crois relativement nouveau. mais en fouillant dans mes archives je découvre que j'ai dit et publié la même chose en 1985.
-Au fond on passe son temps à se répéter.
1995 Pendant le bal à Ben du vernissage au Mac je danse sur scène avec Nux Vomica, François et Alain. Eva, annie et Raphaëlle dansent dans la salle devant la scène. Cest fantastique. Il y a beaucoup de jeunes je suis très heureux. Après, parce que je suis trempé à cause dune pièce Fluxus, " seau deau " que jai intercalé dans le concert Rap, je vais me changer à lhôtel. Je suis mort de fatigue et alors quon discute avec Brigitte Cornand et Annie dans le hall je mendors sur ma chaise dun coup.
1995 Aux rencontres du cinéma dArles
Maben apporte le film quil a fait avec moi. Pendant trois jours jai fait des castings sur les bords de ma piscine, avec des mannequins très belles. Mon rêve ! Le film est drôle et applaudi mais lambiance de la soirée est à lémeute entre les photographes " photographes " et les novateurs.
1995 C'est décidé je vais aller chez le dentiste changer mes dents.
Ca va changer ma vie. J'aurai bientôt un sourire formidable à la Carry Grant et je pourrais jouer au bridge avec mes bridges.
1995 Il y a de plus en plus de chats à la maison, huit en tout .
Leur présence ne me gêne pas, ça fait même original
ce qui me gêne c'est leurs odeurs et ce qu'ils coûtent
surtout quand j'ai des angoisses d'argent
1995 Je ne comprends pas : quand je suis en voyage
je rêve que je fais l'amour avec Annie que je fais des photos d'elle toute nue mais dès que je suis de retour ce n'est plus la même chose
je n'ose plus rien
ni les films ni les photos
et dire que j'ai acheté une caméra et un super appareil photo spécialement pour ça...
1995 Je ne comprends pas, j'ai tout pour être heureux
et je me crois malheureux.
1995 Je fais une exposition au Monde de lArt. Je ne suis pas à laise avec les organisateurs. Il y a beaucoup de jeunes au vernissage, cest très vivant mais je ne suis pas content de moi. Danielle Mitterrand vient me parler. Je suis séduit par son sourire et son regard droit.
1995 Dimanche matin Jean Noël Flammarion me téléphone pour me dire : tu as vu Le Monde cest formidable ! ? Le lendemain annie se précipite avant larrivée du facteur pour prendre le Monde en ville. Elle ne peut pas attendre. Elle exulte devant le croquis sur la première page et larticle de Geneviève Brerette dedans. Elle est très fière et je ne suis pas mécontent. Blistène aussi est très content.
1995 Edouard, mon cousin revient de Poros île grecque où il était parti. Il revient avec un petit chien Ella quannie et moi appelons Yassou à cause dune chanson grecque que chantait ma mère. Il a prêté son appartement à un ami et il vit quelques jours à Saint Pancrace. La nuit il quitte la maison pour aller en ville en escaladant le portail. Farah adore Yassou quelle prend pour son bébé et il est mouillé toute la journée car elle passe son temps à le lécher.
1995 Vernissage de ma façade à Blois. Galdin, grâce à lenthousiasme de qui la façade a finalement été réalisée, la trouve super. Moi je ne regarde que les imperfections : la plaque de la cheminée, la cour devant qui est sale... Bref je doute comme dhabitude. Pourtant, un après midi, assis devant la façade pour essayer de voir ce qui cloche jai la vision dun concert de musique qui menthousiasme.
Je ne pense plus quà ça. De chaque fenêtre marrive un son différent, des voix de femmes, un son de flûte. Je compose mon concert pour Fenêtres qui me rend très heureux et dont je parle à tout le monde.
1995 J'ai toujours voulu être journaliste,
communiquer, chercher, trouver, dénoncer etc.
Je préfère regarder la télé que discuter avec des gens réels. Pourquoi ?
Une femme s'est suicidée parce qu'on lui a enlevé sa télé. Pourquoi ?
1995-Où est mon territoire ?
je me demande si cest Nice.
1995 Nouveau pensionnaire à Saint Pancrace : Pépone, une connaissance de Farah qui nous arrive pour quelques jours et qui finalement va rester. Il ressemble comme un frère à Farah
et après quelques jours, il décide de nous adopter. Il est jaloux, enthousiaste, et déteste nous voir plonger dans leau. Seul problème : il court après les chats dannie.
1995 France culture me contacte pour faire Au bon plaisir de Ben. Jaccepte et pendant trois jours de Novembre Françoise Solleron et son équipe viennent à la maison. Discussions avec Edouard de notre enfance, avec mémé,
avec annie, avec Nux Vomica dans une ambiance décontractée.
1995 fin Novembre Eva vient à Saint Pancrace, elle doit accoucher de notre petite fille. Elle attend deux jours. Le jour prévu Alain vient à Saint Pancrace avec Tom et Benoît. Tout se passe bien, Mona est née. Eva rentre à Saint Pancrace avec le bébé et Tom et Benoît sont très excités. Tom se précipite au frigidaire et revient avec une bouteille de lait parce quEva dit : la petite soeur doit avoir faim. Eva dit non, pas ça et elle commence à allaiter le bébé. Tom éberlué sexclame : mais alors cétait troué ?
1995 en même temps que Mona naît à Genève un bébé dOlive fille de mon frère Chris. Elle donne un petit frère, Gaétan aux enfants quelle a eus de Michel. Le père est indien de la tribu des Black Foot. Il a donné à Gaétan des cheveux noirs brillants et une force incroyable.
1996 Ce matin jai un souvenir de mon enfance. Quand jétais très jeune à 13 ans on mappelais parfois sparadrap parce que pour avoir lair méchant je me mettais des sparadraps en faisant croire que je métais battu ou que javais reçu des entailles. Mais comme joubliais lemplacement des sparadraps et que je les changeais souvent de place ça sest découvert. Ca ne ma pas empêché de continuer.
1996 Cryptone fait une campagne dans tous les Decaux de Nice avec mes textes : Cryptone memmerde, etc. Mon téléphone sonne toute la journée pour savoir ce que ça veut dire.
1996 Solothurn : pour ma rétrospective je chante du rap en allemand.
1996 La Nuit du Chasseur organisée par Labelle Rojoux et Ferrari à Avignon. Claudine Aspar me fait déambuler à travers la ville dans un lit dhôpital jusquà une heure du matin en chantant des chants occitans.
1996 Parce que javais peur dêtre récupéré avec des discours " langue de bois " je remets, pour le vernissage du Musée de lObjet à Blois, une médaille de " sculpture vivante à Ben " à Jack Lang et à Douste Blazy.
1996 exposition chez Jérôme de Noirmont, quartier très chic,
avenue Matignon. De la vitrine de la galerie on voit tous les jours Pasqua débarquer avec ses gardes du corps pour sengouffrer dans limmeuble en face. Un jour nous allons déjeuner au restaurant à côté avec Jérôme et annie et on se trouvent à côté des Mitterrand, (Frédéric, le frère et de la famille). Ils parlent de leur succès et de celui de Danielle au Festival du livre.
1996 Alain Gibertie se suicide. Il envoie une lettre en 7 exemplaires. Ca me fait un choc. Je pense beaucoup à Gibertie et beaucoup au suicide comme à une chose qui était toujours là mais que javais oubliée et qui revient mobséder.
1996 Je suis invité à une discussion par la CAUE à Beaulieu s/Mer. Après les avoir laissé parler et comme je ne suis pas daccord je prends la parole dautorité et on ne peut plus marrêter. Marc, qui maccompagne dit à annie : cétait un hold up.
1996 Je rentre dans Internet ça me passionne. ESF de Genève me fait un site . Je commence à y passer toutes mes soirées pendant quannie regarde la télé avec Farah et les chats.
1996 En Mai ma belle mère se fait opérer à Saint Roch. Annie est très angoissée, mais ça se passe bien elle est très bien soignée et fait létonnement de tous par sa récupération. A 92 ans on dirait quelle renaît. Je vais avoir de nouveau mon café du matin.
1996- Blois je réalise un mur de plaques émaillées.
Quand il a fallu inaugurer le mur, Pierre Jean Galdin devait donner 3.000 cartons d'invitations à mettre sous enveloppes, et tout naturellement il pensa faire faire le travail par les prisonniers de la prison de Blois quand quelqu'un lui fit remarquer : tu ne peux pas leur faire plier : " Venez faire le mur avec Ben " c'est une incitation à la révolte.
1996 - Jorganise un Pour et Contre lidentité niçoise à Saint Pancrace pour un film que fait Passuello. La soirée est animée.
1996 -un mardi - Je ne veux plus jouer les théoriciens, je ne veux plus passer pour un homme sincère,
je ne veux plus jouer les pitres,
je ne veux pas décorer les couloirs des nouveaux riches,
je ne veux plus faire semblant d'aimer l'espèce humaine,
je ne veux plus dire que tout est beau,
je ne veux plus vous en foutre plein la vue.
1996 - Invité à Art Jonction je décide de faire un stand genre marché aux puces. Je fais une performance accrochage avec chants, musique, vente de nimporte quoi avec tampon. (tout et nimporte quoi est art )Les galeries voisines naiment pas tellement.
1996 poussé par Lella, Annie et Pierre le Pillouer on décide lascension de la Vallée des Merveilles.4 heures de marche à pied je suis trop épuisé pour apprécier les dessins. Quest-ce que jai marché ! Pendant tout le retour, à pied, jai parlé avec Pierre mais quand même, mes pauvres pieds !
1996-Quand j'étais très jeune à 12 ans je voulais être philosophe. Je me posais des questions. Je sens quà 61 ans ça recommence.
1996- art : Je ne vais plus voir les expos des autres mais j'en parle et ce n'est pas normal.
Pourquoi ? parce que ça ne m'amuse plus.
Pourquoi ? Parce que je ne brille plus.
1996 François mon fils et Raphaëlle nous annoncent leur mariage en août de lannée prochaine.
1996- Edouard mon cousin champion déchec ne va pas bien et comme Chris mon frère est venu de Santa Barbara nous faisons une fête avec un magnum de champagne que ma donné Paul Charbit et un gratin de courgettes. Charlotte, lex femme dEdouard est là avec Tatiana, sa fille. Une journée bizarre où tout oscille sans cesse entre joie, tendresse, et tristesse.
1996 Annie part trois jours en Corse pour accompagner Eva et les enfants. Elle revient bronzée et très heureuse. Pépone, Farah et les chats sont très contents de la revoir. Moi aussi.
1996 Le journal de Genève me demande de faire tous les titres de leur journal. Je ne comprends pas bien pourquoi jai peur dêtre manipulé mais finalement ça se passe bien, et lexposition chez Bonnier aussi.
1996 Exposition chez Shupenhauer et à la Foire de Cologne. Il y a beaucoup de monde et jy retrouve Thévenin, sculpteur occitan. Il a plus de succès que les artistes de la Villa Arson.Il vend tout je suis jaloux.
1996- Expo chez Liliane Vincy
avec des petites pièces. Il y a beaucoup de monde au vernissage - le lendemain je dois organiser avec Youri, le fils de Liliane, une expo-performance " Laver lart ". Des artistes qui ont accepté le jeu, doivent apporter des pièces à la Laverie de la rue de Seine, et nous devons les exposer après lavage. Il y a un monde fou, comme je lavais prévu mais tout se passe très bien.
1996 Au Réveillon annie et moi, rencognés sous la couette, on nen finit pas de se trouver bien au chaud, seuls, pas au restaurant, pas parmi la foule, pas dans le froid, bien quoi. Pépone et Farah nous regardent rigoler heureux mais perplexes.
1996 Devant la fenêtre de la cuisine annie a accroché une mangeoire à oiseaux que François et Raphaëlle lui ont donnée pour Noël. Il y a un va et vient doiseaux qui arrivent, repartent, mangent, se chamaillent. Surtout des mésanges. Je les regarde, passionné. Ils sont voraces, ils vont me ruiner.
1996 Ce mois de Décembre était assez triste à cause de mon cousin Edouard qui se meurt à lhôpital.
Il meurt dans la nuit du 2 janvier. Dans laprès midi comme jessayais de le faire sourire en disant des bêtises il ma regardé et ma dit : dont be ridicoulous Ben. Après il na plus rien dit.
1997 Boulan me propose une exposition au Japon. Je nai aucune envie de bouger de la maison. Je nai plus envie de voyager. dailleurs le docteur Pratviel me le déconseille. Je tiens dailleurs à lannoncer : A partir de maintenant, on peut me proposer des expositions à Saint Pancrace, en bas de chez moi, à Nice à la rigueur mais pas plus loin. Quon vienne ici me voir, je ne suis heureux quici. Annie ma surnommé E.T. car je ne veux que la maison.
1997 Jai enfin fait repeindre tous les volets de la maison de couleurs différentes. Cest assez chouette.
1992-1997 En 1992 je décide de préparer un troisième ouvrage sur les ethnies. Celui ci je le veut fondamental. Ce sera la clef qui résoudra tous les conflits ethniques dans le monde. Enthousiaste je demande aux penseurs ethnistes de menvoyer leurs solutions ethnie par ethnie. Seul Jean Louis Veyrac fait un gros travail mais lelivre traîne. Jespère quil paraîtra début 1997.
1997 j'expose à la Chapelle de Vallauris la Tour de Babel. J'aime bien cette exposition qui me permet de parler de l'Occitanie. Je m'installe sur le toit de mon Trafic et je parle aux gens qui sont venus à l'expo.
Je décide de faire une série de bites en céramique.
1997 J'expo à l'hôtel Zebra en face de la maison de la radio "Pour un autre son de cloche". Ma colère contre la désinformation est telle que je pense qu'on va me censurer. En fait tout se passe assez bien mais les médias m'évitent. Je suis assez déçu.
1997 Art Press m'attaque pour un texte que j'écris contre la presse en général et un peu contre Jacques Henric. "Allez vous faire foutre". La consensualité des médias parisiens que ce soit en politique ou en art m'exaspère.
1997 Au mois de Mai je fais une exposition à Tokyo
chez Akira. Nous partons avec Annie en avion pour Tokyo. Evelyne vient aussi avec nous. C'est la cousine d'Annie. Au Japon nous sommes très gentiment reçus par le staff d'Akira. Il y a un traducteur et une traductrice incroyablement attentifs à nous. L'expo me donne des soucis. Les japonais étant maîtres en l'art d'écrire comme un art, je me sens mal à l'aise.
J'écris des traductions en Japonais et c'est là que je me rends compte que des idées énoncées simplement en français sont difficiles à écrire en Japonais. Au repas de vernissage deux seules femmes sont Annie et Evelyne. Au retour Annie fait la navette entre Evelyne et moi dans l'avion. Elle ne supporte pas l'avion, ça la rend claustrophobe. Par contre elle s'extasie lors du survol de la Sibérie des immensités blanches avec des traits noirs fins comme des dessins à la plume.
1997 je fais une exposition à la Maison Européenne de la Photo ça me rend très fier. A l'autre étage Philippe Perrin fait un travail qui me rend jaloux.
Aout 1997 François et Raphaelle se marient.
Ce jour là je bois trop.
Je donnerais beaucoup pour ne pas avoir gâché ce jour là qui avait si bien commencé.
1997 J'envahis avec Bruno Pelassy la galerie Soardi
je demande à chacun de poser pour une photo et c'est une soirée photo et débat. On s'amuse beaucoup et les photos sont très drôles.
1998 La "Clef "la solution pour tous les conflits ethniques dans le monde sort enfin. pendant quelques jours je pense qu'on va me menacer ou que je vais être enseveli sous du courrier de gens heureux d'avoir enfin "la solution". Rien, le silence. Je suis soulagé.
1998 Nous exposons, Combas et moi à l'Historial de la Grande Guerre de Perronne. Combas arrive en retard, se met à peindre avec fureur après avoir engueulé tout le monde et ne s'arrête qu'au moment du vernissage. Ce n'est pas des mains qu'il a mais des pinceaux.
Bremen
Je fais une exposition à Bremen à la galerie
Durant le vernissage je prends un bain et je signe les autographes dans la baignoire. C'est une façon comme une autre de ne pas m'ennuyer un verre à la main.
Expo à Toulouse chez Girard
je rencontre les Occitans et je leur parle d'Occitanie; Le CROC vient à mon exposition mais pas Sicre.
Naples : J'expose à l'Institut français de Naples. Annie vient avec moi. Nous partons en train et laissons Saint Pancrace, la maman d'annie, les chiens et les chats à la garde de Raphaêlle et François. Naples nous étonne et je me fais même emmener en taxi via Voméro voir la terrasse où je jouais avec Chris quand j'étais petit. Il y a tellement de terrasses que je ne la reconnais pas. Schiffano nous fait visiter Naples avec passion et manger du poulpe, de la mozzarella, voir la Solfatata, le quartier des Espagnols, et surtout écouter la Nueva compania. Je rencontre ma famille du côté de mon père. C'est une surprise de voir dans leurs mains des photos de mon père en kimono.
Arrivée à Saint Pancrace d'Opale, petite chienne épagneule au regard intense destinée à remplacer Dolly, la vieille chienne de la maman d'annie qui ne marchait plus et qui, au contraire lui a redonné le goût de la gambade.
Je pars à New York pour une exposition de groupe au Gugenheim et j'en profite pour faire une exposition de photos chez Zabriskie et une exposition sur le temps chez Gibson.
L'expo chez Gibson, visible de l'entrée du Gugenheim juste en face, me rend très fier. J'insiste pour écrire sur les vitres mais ça se lit mal.
J'ai la bonne surprise de rencontrer Michael et Vincent du groupe General Idea de Vancouver.
Le Centre du Monde s'ouvre à Nice, 6 rue du Lycée, avec Marie Lou Mouzon, Marie Laure, Annie et moi,
Le soir du vernissage, un monde fou s'écrase jusqu'à boucher la rue. Bien sûr, on me parle du centre du monde de Dali à Perpignan et j'explique que si on a appelé le lieu Centre du Monde c'est parce que justement il n'y a pas de centre du monde c'est-à-dire que le centre est partout
1999 Sylvana Lorenz me propose une expo dans le petit espace Cardin. J'accepte et je lui propose comme thème, l'amour. Je mets un grand lit et le jour du vernissage je réalise un jeu de la vérité : qu'est-ce que l'amour pour vous ?
Au Centre du Monde nous faisons une exposition présentant ma collection, puis Support Surface, puis Fluxus, puis Gilli et Serge III. Nous ferons Combas en Mai pendant Art Jonction.
Le Centre du Monde est assez vivant. On passe des films de Lizène, d'artistes niçois comme Ruy Blas, Apter, Passuello. Je parle tous les vendredi à partir de 5 h sur un tabouret. J'essaie d'être méchant comme du temps des Pour et contre chez Malabar mais je me sens mou.
Vernissage Combas au Centre du Monde.
Robert lui est d'assez mauvais poil, il s'est cassé une dent, et se plaint de tout : du repas, du vin. Il reste néanmoins pour moi vrai, authentique et un grand artiste.
Le Secours Populaire m'ayant demandé
Une intervention, je propose que les artistes de Nice aillent au secours Populaire chercher des vêtements et qu'ils les transforment et créent avec, une uvre- vêtement qui défilera lors d'Art Jonction.
Le défilé sera un grand plaisir pour moi car je trouve les vêtements très créatifs et tout l'ensemble vivant.
Ce même défilé sera un peu plus conventionnel et coincé à L'Hôtel Westminster où on m'impose un discours de haine anti-Serbe que je ne tolère pas. Ceci dit je suis toujours agréablement surpris l'originalité des vêtements présentés.
Faculté de Médecine, Nice
On me propose de décorer la salle des profs de la Faculté de Médecine. Je refuse préférant l'espace de l'entrée où
je mets aux murs, des plaques émaillées de couleurs différentes avec des phrases sur la maladie, les virus, la mort, la vie. Entre elles des citations en noir sur blanc faites en lettraset. Il y a aussi un grand panneau de libre expression pour les élèves et une grande plaque en céramique : la vie est partout.
L'ensemble me satisfait assez. Avec Colette Soardi, on s'est donné du mal pour la réalisation mais l'espace me plait il est assez libre.
Juillet Anniversaire d'annie.
Raphaëlle, François, Eva et Alain avec les surs, la famille et les amis d'annie comme complices, lui font une grande surprise. Quand elle arrive dans le champs, toute sa famille et ses amis sont là qui chantent et sourient pour elle. Dans une Peugeot décapotable jaune enrubannée de rouge, la maman d'annie, 4 petits chats, des fleurs, des cadeaux et Léonard Cohen sur le CD de la voiture. Annie passe du rire aux larmes.
Elle n'en revient pas et c'est une belle journée d'émotion.
Je fait une pub pour Absolut vodka et on se met d'accord pour un Concert Fluxus à Paris en Novembre. Le concert est difficile à réaliser car le public est fait de copains Fluxus et de gens qui s'en foutent et qui veulent manger et boire. Il y a un bruit éprouvant. Pour me donner du courage je bois de la vodka dont presque deux verres dans la chaussure de Sylvana.
Après ça, totalement saoul, je continue à jouer Fluxus jusqu'à mon écroulement.
François et Raphaëlle partent à Montpellier pour suivre leurs études. Ils vont nous manquer. Eux sont très heureux
Nouvelle arrivée à Saint Pancrace, Pétra un bébé matin de Naples de trois mois. Elle est boulotte et joyeuse. Elle prend Farah pour sa maman, et Opale, comme compagne de jeux. Elle est définitivement enthousiaste pour tout, quand elle nous voit, quand elle joue avec les chats, quand on la gronde. Rien n'a l'air d'avoir prise sur sa joie de vivre.
Quand elle fait une bêtise, Farah et Opale se cachent honteusement et elle frétille de l'une à l'autre et revient vers nous en rigolant et en pissant partout.
A Genève, une banque me demande une exposition depuis un an. Ils viennent deux fois me voir et enfin j'accepte de faire une expo sur l'argent. Charlotte Moser, galeriste à Genève organise le tout, fait l'accrochage, et revient le lendemain : tout est décroché. Ils n'ont pas supporté l'expo
Je fais une expo sur le temps chez Catherine Issert j'aime bien et j'aime pas. En ce moment j'ai du mal à aimer ce que je fais. J'écris à cette occasion une litanie sur le temps.
Les temps sont venus de ne plus mentir à annie
Les temps sont venus de m'arrêter de courir les expos
Les temps sont venus de ne pas céder à toutes les compromissions
Les temps sont venus de ne plus ramper pour un peu de gloire
Les temps sont venus de faire le point
Les temps sont venus pour dire à mes enfants que je les aime
Les temps sont venus de ne plus avoir peur de nos propres pensées
Les temps sont venus de vouloir être vrai
Les temps sont venus de dire non à la manipulation
Les temps sont venus pour parler à mon fils
Les temps sont venus pour Buren de passer de la bande au rond
Les temps sont venus de me demander s'il faut continuer à peindre ou pas
Les temps sont venus pour ne plus se faire d'illusion ni sur soi ni sur les autres
Les temps sont venus de se rendre compte qu'on a raison d'être paranoïaque
Les temps sont venus de faire le contraire
Les temps sont venus de m'arrêter et de me souvenir
Les temps sont venus de devenir Zen pas Ben
Les temps sont venus de se dire tout passe, tout casse, tout lasse
Les temps sont venus de boire une bière
Les temps sont venus de me demander : qu'ai-je fait de mon temps ?
Les temps sont venus de vous rappeler que j'ai signé le temps en 1963
Les temps sont venus de reconnaître qu'il est difficile d'être moins con et moins égoïste.
Les temps sont venus pour moi d'enlever mes chaussettes
Les temps sont venus de ne pas râler parce que Beaubourg fait une exposition intitulée : Le temps de vivre, qui est le titre d'une de mes toiles.
La maman d'annie, 96 ans, commence à perdre la tête et prend annie pour sa maman. Je bois quand même mon café chez elle.
Noël en famille, beaucoup d'enfants beaucoup de tendresse beaucoup de bruits on danse avec Eva comme disk jokey.
Soirée Nomade, chez Cartier à Paris.
Pas très bien organisée, beaucoup de monde.
J'ai mis des assiettes écrites "j'ai pas faim" avec des pommes de terre.
Natacha Lesueur participe aussi en mettant de la nourriture dans des coins au sol.
Dusseldorf
Je participe à l'exposition à la Kunstverein à Dusseldorf avec des coffres de banque. Je rencontre
Des amis que je n'avais pas vus depuis longtemps. L'expo se passe bien mais j'ai des soucis car tout de suite après je dois me rendre à Cologne pour une exposition chez Schuppenhauer. Je me sens fatigué pour tout ça. Je téléphone tout le temps à annie pour lui expliquer que je suis fatigué. Je fuis les dîners.
Finalement à Cologne ça se passe très bien car il y a Daniel Spoerri, qui raconte plein d'anecdotes et que j'aime toujours rencontrer.
1999 Je suis de plus en plus persuadé que je perds la mémoire. Je commence un album de famille et j'essaie de me souvenir qui est qui. (texte sur maman)
Tout le monde parle de l'an 2000. D'une part ça m'énerve et d'autre part j'y pense.
J'achète des caméras pour faire un film sur la vérité et ça s'enclenche pas. Je suis très malheureux.
Tous les matins j'ai de plus en plus de courrier donc de plus en plus d'angoisses.
1998-1999 : Je commence à avoir peur de la vieillesse. Ce qui m'embête le plus est de perdre la mémoire. Je cherche une méthode zen pour l'accepter. Je voudrais abandonner la peinture pour faire des films.
Annie dit que j'ai envahi le salon de tiroirs. Elle a raison.
L'organigramme de mon classement est affolant.
Magie 18 boîtes
Caméra,
cassettes vidéo
cassettes audio
ethnies 300 fichiers
idées pour éditions 150 fichiers
idées pour originaux 12 tiroirs pleins
cassettes vidéo VHS 130 sur Ben
30 sur les autres
et ça continue et ça continue et ça continue
1999 : J'ai deux options : arrêter l'art, m'expliquer et être moi-même.
Lu un texte poignant dans l'Ecrou, la revue des détenus sur le suicide des mineurs dans les prisons si un détenu se suicide c'est parce qu'il n'en peut plus il a honte il a peur il est seul il est triste il pleure la nuit il veut en finir à tout prix
1999 : Tout m'angoisse avoir trop de choses m'angoisse, n'avoir plus rien m'angoisse, me souvenir m'angoisse, ne plus me souvenir m'angoisse, classer m'angoisse, le désordre m'angoisse, bander m'angoisse, ne pas bander m'angoisse.
Faire le ménage me procure une grande satisfaction épousseter, enlever des tâches, faire briller... Deux heures par jour j'ai une âme de femme de ménage En fait le ménage est une donnée biologique. L'espèce humaine passe son temps entre deux activités : créer et ranger, l'une aussi nécessaire que l'autre. Dans le ménage il y a nettoyer, ranger, mettre de l'ordre.
Pour le Réveillon, je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas si je ne vais pas deux Lexomils et me mettre au lit tellement ce coup de l'an 2000 m'énerve. On voudrait tous faire des choses extraordinaires et ça nous stresse.
Si je reste un jour dans l'histoire de l'art c'est parce que le message écrit devient de plus en plus important. Il remplace les fleurs, les femmes nues et le paysage sur un tableau.
Au fond j'aurais bien aimé faire de la haute couture. Il faut avoir des idées et du courage.
Comme on a vu la sculpture rejoindre Duchamp on verra bientôt la haute couture rejoindre la peinture.
Ben sur Ben
On me reproche de ne jamais d'accord avec le discours officiel du dominant quel qu'il soit
C'est vrai.
Donc, sans doute, je ne serai jamais d'accord avec un pouvoir en place, quel qu'il soit. De gauche ou de droite, je suis allergique au pouvoir.
Alors je me suis demandé pourquoi ?
C'est sans doute parce que j'ai deux mécanismes de pensée qui se mettent automatiquement en place devant toute affirmation unilatérale se voulant vraie.
Est-ce que cette affirmation du pouvoir en contredit une autre affirmée par ce même pouvoir ?
Ensuite s'il y a contradiction je cherche à savoir pourquoi et à qui le crime (la contradiction) profite.
A force de classer je deviens fou
et triste.
Il n'y a pas de fin
il y a tant à classer :
photos,
négatifs,
vie de famille, argent,
cuisine,
livres,
éditions,
originaux,
et si on prend le pli
cela ne s'arrête jamais.
2000 : Soirée Nomade, chez Cartier à Paris.
Pas très bien organisée, beaucoup de monde.
J'ai mis des assiettes écrites "j'ai pas faim" avec des pommes de terre.
Natacha Lesueur participe aussi en mettant de la nourriture dans des coins au sol.
Dusseldorf 5ème Elément
Une grande exposition sur l'argent. J'expose une énorme quantité de coffres fort que j'ai trouvés à la Farfouillette.
Je rencontre des amis que je n'avais pas vus depuis longtemps. L'expo se passe bien mais j'ai des soucis car tout de suite après je dois me rendre à Cologne pour une exposition chez Schuppenhauer. Je me sens fatigué pour tout ça. Je téléphone tout le temps à annie pour lui expliquer que je suis fatigué. Je fuis les dîners.
Finalement à Cologne ça se passe très bien car il y a Daniel Spoerri, qui raconte plein d'anecdotes et que j'aime toujours rencontrer.
Shuppenhauer, Cologne
Une expo sur l'argent qui suit celle de Dusseldorf.
Moi qui déclare partout que
"j'aime pas l'argent" !
Le petit Bosquet
J'ai envie d'acheter un ancien dancing au bas de chez moi.
Je ne pense qu'à ça. J'essaie de l'avoir en salle des ventes mais je ne l'ai pas car il se vend assez cher, de plus il est squatté et je ne me vois pas en train de faire partir des gens.
Je le regrette à chaque fois que je passe devant. J'en aurais fait mon atelier, peut être un lieu de rencontres de jeunes de l'art contemporain à Nice
Bruxelles
Exposition Dewart. Elle me reçoit comme un roi dans un grand hôtel, dans des grands restaurants.
Le 8 mai mort de la maman d'annie
dans son lit, tranquille comme on s'endort.
les surs d'annie ont fait corps avec elle pour tenir le choc.
François et Raphaelle sont venus et aussi Eva et Alain
On était tous réunis autour de mémée comme de son vivant. Elle aurait aimé nous avoir tous auprès d'elle.
Il y avait beaucoup de chaleur parce qu'on était tous très près d'annie et de ses surs. Lors de la bénédiction de mémée, le "mazzolin dei fiori" a accompagné son départ Depuis elle est absente et présente, douloureuse et douce à chaque instant de la journée..
La vieille Dolly a suivi mémée après quelques jours. Elle a méthodiquement vérifié partout dans le jardin qu'elle n'était plus là et elle s'est couchée dans les feuilles.
Absolute Vodka au Louvre
Une exposition un peu bidon mais je ne suis pas mécontent de ma pièce. A la soirée, un monde parisien-parisien snob que je ne connais pas. Pas à l'aise.
Fontenay sous Bois
Un affichage dans tout Fontenay d'affiches. Une petite exposition dans un coin de vitrine. Une très bonne ambiance. Un super accueil de Philippe Chat et de Fontenay.
Fontenay, les plaques émaillées
Un autre Fontenay ou Martine Buissart a instauré un parcours de l'art contemporain dans la ville. Il y a Parent,
Présence Panchounette, moi avec des plaques émaillées et des menus. Norbert et Martine sont toujours enthousiastes moi je me sens un peu fatigué.
Biennale de Lyon
A l'occasion de l'exposition de Jean Hubert Martin "Echange d'exotisme" j'installe un coin complètement
Ethniste avec la carte de Fontan au fond un Site ethniste sur deux ordinateurs. La critique ne parle absolument pas de ma participation. C'est curieux comme l'exotisme et la défense des cultures se fait toujours vers l'extérieur de la France et jamais pour l'intérieur. Oui au Tibétains, aux Indiens etc mais non aux Bretons, aux Occitans, aux Corses
Albissola
Je participe à une exposition organisée par Moya sur la céramique. J'y ai pris beaucoup de plaisir à fabriquer avec
Monique Tibaudin, une série de bites en céramique et de têtes.
Galerie Kahn Strasbourg sur l'Ego
Une exposition assez réussie mais qui me touche surtout
parce que Muriel Marlan et Philippe l'ex-Préfet de Nice, nous invitent à la préfecture et en font une vraie fête.
La vérité à la Galerie Mockers Hors Lieux à Strabourg
Je me suis donné beaucoup de mal pour faire cette expo de groupe sur la vérité. Elle s'est organisée à partir d'un postulat autour de la vérité et de l'art. Malgré mes inquiétudes, elle est très forte une fois accrochée. J'en suis très content.
Comment va ta vache ? au Musée de Lyon
Une exposition réunissant Brecht, Filliou, Ben et Brodthaers sous ce titre de Filliou (poïpodrome)
Je ne suis pas très enthousiaste. Les pièces que j'ai prêtées de La Cédille ne sont pas très bien exposées.
Tout ça est très conventionnel et étatique.
En fait il s'agit d'une exposition sur le Français, langue d'état et les artistes utilisant le français ou francophones.
En fait moi qui considère le français comme une langue impérialiste qui opprime l'Occitan, le Corse, le Basque etc
je ne pouvais être d'accord pour ce principe d'exposition.
Fiac One man show chez Fleiss
Pour le One man show de la Fiac chez Fleiss j'ai voulu faire un tas de personnages qui parlaient, qui bougeaient
C'était très plein.
Moi j'avais pris froid la veille, j'étais sous antibiotiques et je voyais le tout dans un brouillard. Les amis que je croisais, les artistes, le bruit, la Fiac au complet me semblaient irréels. J'ai vite regagné Nice.
Tout l'été a été fatigant et difficile. J'ai entrepris de refaire
La façade de la maison qui tombait en morceaux à cause du vent et du soleil. C'était un travail long et difficile avec un échaffaudage. Le maçon qui s'était chargé du travail avec moi découvrait chaque jour de nouveaux nids de guêpes furieuses d'être dérangées.
Je prépare depuis début Septembre ma rétrospective au Musée de Nice. Nous faisons le catalogue. Je suis angoissé, inquiet. Ca me réveille en sursaut la nuit.
Farah est partie aussi. Elle était devenue sans qu'on s'en rende compte toute vieille et grise. Depuis l'été elle était malade. Hier matin, Annie a appelé le vétérinaire qui l'a endormie avant qu'elle ne souffre trop. Elle est allée rejoindre Dolly dans le champ. Heureusement Mona était chez nous et avec son sourire et ses "compris!" elle a
chassé un peu notre tristesse.
Mona ma petite fille est tellement semblable à Eva à son âge que ça en est troublant comme un voyage dans le temps à l'envers. Elle dit qu'elle sera comme moi plus tard, artiste, parce que j'ai beaucoup de jouets et que c'est cool.
J'ai envoyé par Internet une lettre de réclamation à Madame Tasca à l'occasion de la réunion des Chefs d'Etat à Nice. Pour réclamer que la France signe la charte des langues minoritaires