de Annie au monde entier...

2005-06-03
la chaleur est venue Pétra et Opale commencent à rechercher les coins frais
les oiseaux ont un peu déserté les mangeoires à part une ou deux mésanges furtives,
il y a des cerises et je suis contente pour eux mais ils me manquent à l'heure du café le matin tôt ils sont si légers et si beaux
Ben m'a dit : ils sont morts tes oiseaux
pas assez de punch pour écrire aujourd'hui
pourtant je devrais être satisfaite j'ai mis des cannes aux tomates
j'ai arraché les fèves pour y planter demain le mesclun
j'ai travaillé avec plaisir dans le potager
ça me fait du bien je parle avec maman
je lui demande si je fais bien ceci,
je m'applique à faire comme elle le voulait : arrose de plus bas, plus bas
comme ça la plante ne souffre pas
et je le faisais mal exprès pour faire les choses comme je le voulais
et maintenant je dis : j'arrose plus bas oui maman
ce soir Ben rentre de Lille
à chaque fois qu'il retourne d'un endroit j'angoisse
la tension qu'il apporte avec lui me serre le coeur d'avance
à l'aéroport je me sens comme quelqu'un qui va plonger
alors je me dis : si je respire mal je m'en vais sur mon vélo,
je vais marcher avec les chiens
je vais aller à Montpellier voir François
je vais chez eva
et puis je sais très bien que lorsque je me sens lourde comme ça je ne vais jamais chez mes enfants
ni chez mes soeurs
c'est comme si j'apportais du noir avec moi
d'habitude je me terre je prends un livre de science fiction
et j'essais de rentrer dedans
ou je me mets contre le ventre de Petra
ou je parle à Opale qui me regarde fort sans sciller
bon je n'ai pas le moral ces temps ci
il faut que je change quelque chose dans ma vie
que l'étau qui me serre le ventre se défasse
je n'aime plus les gens
les rares moments où je me sens bien c'est quand les enfants et les petits enfants sont là
et mes soeurs
la famille autour comme un rampart contre mes peurs et surtout
cet espèce d'inertie à me battre







2005-05-07
Aujourd'hui le soleil est fort, brillant
Dehors c'est beau à ne pas croire
Une lumière verte
Les boules de neige sont blanches et très fleuries
L'arbre de Judée est pourpre et fait un tapis à ses pieds
On marche sur du rouge me dit Mona, ma petite fille
C'est beau c'est beau avec la proximité de l'eau qui donne une fraicheur même présente dans la lumière
Les petites mains vertes tendues vers le ciel du figuier
J'aurais envie de partager cette beauté
Pourquoi partager ? ça me suffit de voir que c'est beau
Que la lumière est magnifique
Pourquoi partager et pourquoi souffrir de ne pas partager ?
Ca me rappelle quand je faisais le bain d'Eva bébé que je la trouvais si belle que j'avais besoin que son père la regarde la voit et reçoive cette beauté comme un cadeau
Ça me donne les larmes aux yeux et mon cœur se serre
Pourquoi ce partage qui n'a jamais eu lieu avec l'homme de qui je partage la vie me fait encore mal aujourd'hui ?
Bordel toute une vie, 40 ans de vie avec quelqu'un avec qui je ne peux rien partager de ce que j'aime et qui ne me donne pas grand chose
C'est une farce
Avec mon père c'était ça aussi : le besoin de lui être agréable et qu'il me trouve forte et bien et ça échouait tout le temps
mes sœurs étaient plus belles plus obéissantes plus sages
En tous les cas plus valorisantes que cette petite
Maigrichonne qu'il n'avait pas vu pousser et qui
N'était pas dans les normes en plus
Trop grande bouche, trop maigre, pas belle
Je me rappelle maman qui criait quand papa me corrigeait un peu fort (ça devait pas être très fort, mon père était
un homme bon qui aimait ses enfants)
"ne tape pas avec tes grosses patasses tu vas l'estropier déjà qu'elle est pas belle"
ça ne m'a pas traumatisée mais ça reste dans mes oreilles
lui, Ben, il rêve de mourir en dormant
Quand je regarde les photos de Gaïane et de Philomène
Je les regarde et je les regarde et je les entends rire
et parler (il faut dire que ma gaïane est une vraie pie)
J'ai l'impression d'être une pièce dans un échiquier pas à sa place nulle part à sa place un pion de jeu de dame dans un échiquier
Une pièce dépareillée
Comme le pensait mon père sans doute
Qui ne comprenait rien de mes révoltes, de mon côté exalté, de mes passions pour la lecture
Qui disait "celle la elle a poussé tordue"
Maman que tu me manques
demain ça fait …
Le temps de pouvoir reparler avec toi
De pouvoir te disputer de ne m'avoir pas dit ça et ça
Que toi tu savais
Maintenant je te parle tout le temps, en voiture,
Dans le champs
Tu vois maman tu avais tort pour ça
Ça t'embête pas que je plante des tomates greffées ?
Je ne mets plus d'engrais seulement les crottes des poules..
Et tu me réponds, et tu râles et je continue de t'aimer tellement maman
Mais tu es là vraiment je sens presque ton ôdeur et je revois tes petites mains si belles, avec tes gestes si
gracieux personne n'a tes mains maman
Tu me manques tu me manques
Je me rappelle ce jour dans le champs tu m'avais dit :
Eh ! sois raisonnable je vais partir un jour tu dois t'y faire
M'y faire ? à ton absence ?
je n'y arrive pas maman aide moi
Toi tu saurais comment faire avec Philomène, avec Alain
Moi je ne sais plus rien faire sans toi
Et puis les caquis quand faut-il les cueillir ?
Tu m'as laissé tant de questions sans réponses
Et même après ce temps je n'arrive pas à me faire que je ne te parlerai plus jamais, plus jamais le regard aigu de tes yeux bleus mer, plus jamais tes petits bisous en pluie
Sur les joues plus jamais ton sourire quand une chose te plaisait : c'est bon … plus jamais tes réflexions injustes sur les repas de famille "ça c'était pas mal mais …"
Et nous nous riions en cœur, avec mes sœurs, et françois et eva nous reprenions les "mais…"
Maman si tu me vois, si tu es près de moi
Je t'aime fort je t'aimerais toujours
Et je te demande pardon pour mes impatiences
Pour ma nervosité parfois
C'est que j'avais peur tu comprends tu te ressemblais si peu les dernières années
Et je te perdais chaque jour et je me mettais en colère
Parce que tu partais
Alors que peut être tu m'avais concocté ça pour que j'ai moins mal : partir sur deux ans comme ça à la fin
Une fois j'avais dit à François qui me disait : mais c'est difficile mémée n'est plus tellement consciente… et je lui avais dit : mais elle est présente, je la touche, je la vois
Et tant que je la vois et que je la touche c'est bien
Je n'imaginais pas à quel point c'était vrai
Demain tu es partie vers quelque part
Très loin
Je peux encore te voir ta silhouette tes yeux tes gestes
Tes colères
Et j'espère partir avant de les oublier
Le 8 Mai 2000 marie baricalla est partie sans souffrance presque en souriant
enfin sans appréhension
dans son lit à Saint Pancrace après avoir mangé les premières fèves du jardin. C'était maman



je déprime

2005-05-04
Aujourd'hui 1er mai
Je voulais planter mon potager
Comme je le faisais avec maman le 1er mai
Et puis je me suis laissée porter par le courant
Et ce matin il avait besoin de moi
Ca me révolte la façon dont je suis construite
Il a besoin de moi donc je suis la
et je me trouve dans une totale condamnation de moi même
Ben depuis son retour du Canada oscile entre l'amour passion, jalousie et haine
Et moi la haine ça me détruit
Ça me détruit physiquement et mentalement
Et je pense que le processus est le même celui de mon père et de ben
Et moi je suis trop lâche
Ou trop consciente du besoin de l'autre
Et je m'en veux d'être vulnérable à l'autre
Et mon ego alors ?
Est ce que je peux dire que je suis handicapée de l'ego ?
Comment faire pour exister
Ne pas avoir un sursaut de colère quand il me dit :
J'ai bavardé avec Agnès et Ingrid
C'était très bien ah mais je n'en parle pas sinon tu vas être jalouse
Et que je le revois se frottant à Agnès le jour de l'an ?
Et le regard d'Agnès et des autres après
J'ai beau me dire : sexuellement j'en ai rien à foutre
Ben n'a jamais su fonctionner sexuellement
Alors qu'il aille jouer ailleurs
Et c'est vrai que si c'est pas devant moi ça m'est indifférent
Mais ce qui me fait souffrir (est-ce de l'ego ou de la sentimentalité conne ?)
C'est que devant moi il se comporte comme ça
Je me sens humiliée
Et il dit : Marie Morel sexuellement .….
Et je revois Marie, gentille, habillée comme je pourrais m'habiller, une autre annie plus jeune mais sûrement plus libérée dans sa tête
Je n'ai jamais su faire semblant
Essayer de lui rendre la monnaie de sa pièce
Trop timide, peur de lui, de moi
Pas assez confiance en moi
Et pourtant qu'est ce que j'aimerais tomber amoureuse une fois encore
Juste pour arrêter d'avoir tout ce plomb dans ma tête
Et j'entends Ben me demander de m'habiller sexy
Et quand il parle de mes amants je me fais l'impression d'une unijambiste à qui on reprocherait son 100 m
Je vais partir un jour
Je ne peux pas penser sans tomber dans un trou de souffrance que je pourrais
pour toute ma vie, avoir ça seulement
même s'il y a eu beaucoup d'amour c'était tellement frustrant toujours pour moi
"mais vous savez il a besoin de vous …"
comme d'une pomme de terre
je rêve de partir
juste pour pouvoir respirer
juste pour pouvoir être moi
juste pour arrêter de trahir un être humain : moi
et mes enfants aussi



J'ai épousé Ben il y a 40 ans le 12 décembre

2004-12-07

J'ai épousé Ben il y a 40 ans le 12 décembre j'attendais alors Eva
Et j'étais très amoureuse de ben.
j'étais féministe dans les années 70
je suis fataliste aujourd'hui.
Je constate que rien n'a changé.
"seul l'esclave connait le poids de des chaines"
reste vrai pour moi.
Ben n'a pas cessé de me seriner aux oreilles "indépendance,
être soi même etc
si tu me quittes tout ce que tu peux trouver c'est un plombier...tu es nullle toi et tes romans policiers "
et moi je me sens perdue
je me sens vieille par rapport aux jeunes qui tournent autour de Ben
et finalement je m'en fous.
Je voudrais tout simplement la paix.
Vivre avec ben a été un parcours difficile.
Je n'ai plus la force de l'assumer maintenant.
Peut être plus assez d'amour ?
Mes enfants ont besoin de moi
et ils m'ont apporté plus que personne au monde.
Mes enfants m'ont donné plus que tout
la tendresse l'attention
je me souviens de François descendant les escaliers de Saint Pancrace avec les tasses qui faisaient clanc clanc parce qu'il était petit et les escaliers hauts
je me souviens d'eva me défendant devant
la mère de Ben
mes enfants m'ont donné beaucoup beaucoup
plus que je pourrais leur apporter un jour


aujourd'hui c'est aussi à moi

2004-11-14
bonjour il fait un temps de vent et de soleil aujourd'hui vous allez pouvoir
lire mes états d'âme. Peut être que je vais pouvoir respirer mieux de mettre mes angoisses en vue et que le poids qui est sur mon esprit va s'alléger.
Parfois on me demande : comment est-ce de vivre avec Ben ?
Quelle question idiote comment peut on résumer en trois secondes des années de très hauts de très bas de difficultés banales. Artiste ou pas partager la vie de quelqu'un ne va pas sans amputation de quelque chose de soi qui voulait aller ailleurs.
Mais un artiste a certainement un ego plus grand plus bouffeur.




ANNIE PARLE AUSSI

2003-04-22
ANNIE SUR BEN)
On peut sans se tromper dire que si j'émets une opinion contraire à la tienne ça te fâche, si je désire classer mon travail pour m'y retrouver plus facilement, ça te fâche, si je veux terminer une chose à peu près complètement avant de passer à une autre, ça te fâche.
Si je suis en train de corriger un texte difficile, je dois le laisser tomber dans la seconde pour faire autre chose s'il t'en prend l'idée subite. Le moindre retard de ma part équivaut à : ah ça y est j'ai perdu mon idée ! je ne sais plus ce que je devais faire... (avec le ton d'une catastrophe mondiale)
les dix commandements de Ben
Pas de musique pour travailler
dicter à toute allure en se mettant à hurler et à manipulant la souris nerveusement sur mon épaule, à ma place pour une manipulation que je peux très bien faire,
ne rien dire
que le courrier soit envoyé ou pas ça ne va pas
s'il l'est : pourquoi déjà ? tout y était ?
s'il ne l'est pas : pourquoi ce n'est pas parti ?
interdiction d'aller faire pipi car c'est une prise de position de ma part contre le travail de Ben
Quand je suis pour qu’il accepte une expo : tu ne te rends pas compte ce que tu me mets sur le dos...
quand je suis contre : mais c'est pas toi qui nous fera bouffer...
Quand je suis contre une pub : mais c'est pas toi qui nous fera .... etc
Quand je suis pour : mais c'est ça demande-moi de me faire enculer...
Quand on me demande d'intervenir pour un projet je réponds et c'est la vérité : si j'interviens c'est le bon moyen pour que ça capote car je deviens suspecte de sympathie avec vous et le projet, donc je vous aide à poignarder Ben dans le dos donc...
et quant aux enfants c'est la même chose, ou bien ils sont
trop proches de moi donc contre toi
ou bien ils ne t'aiment pas et bien sûr c'est de ma faute,
et ce qu'il faut surtout qu'ils sachent c'est que moi je n'ai aucun pouvoir, aucun argent que c'est toi qui décide de tout.
Quand j’achète une bricole pour Mona ou un autre de mes petits enfants : et dis bien que c’est moi qui le donne.
Et ça au bout de bientôt 40 ans de travail et de vie en commun !