En clôture de l'exposition SHAKE qui réunissait une vingtaine de projets d'artistes autour de l'actualité politique des notions de nationalité et d'identité face au nouvel ordre politique européen et à la mondialisation de l'économie, sur une invitation de Laurence Gateau (co-commissaire de l'exposition), la Villa Arson a organisé une soirée de conférences-débat.
Dans cette perspective, de nombreuses personnes ont été invitées à livrer leur point de vue en répondant à la question :

Quelle(s) relation(s) voyez-vous aujourd'hui entre nation, identité, cultures d'une part et art contemporain d'autre part ?

Sont intervenus à cette occasion :
Jota Castro, artiste / Henri Giordan, ancien directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l'étude pluridisciplinaire des minorités linguistiques européennes, auteur notamment du premier rapport officiel présenté au ministère de la culture sur les langues et cultures régionales de France (1982) / Jean-Jacques Gleizal, universitaire, juriste, politologue, consultant international, collectionneur, a publié "L'art et le politique. Essai sur la médiation." PUF, 1994 / Ben Vautier, artiste.
Modérateur : Pierre Le Pillouër, écrivain.

VOICI QUELQUES-UNES DES RÉPONSES :

Henri Giordan ; Gérard Durozoi ; Michel Barnier ; Hervé Perdriolle ; DEGOUPYI ; Claire TOMADA ; VICTOR ; BEN SOUS FORME DE NEWS LETTER  ; UN EX BANLIEUE BANLIEUE  ; BEN'S ANSWER IN ENGLISH ; ben vautier  ; note de ben ; Jean-Pierre Salgas  ;

Henri Giordan
2004-10-14
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On soutient le plus souvent la position suivante. L’art contemporain est d’abord international. La dimension universelle de l’art est primordiale. Sa logique s’oppose à toute localisation.

D’éventuelles revendications identitaires sont, par principe, assimilées à des attitudes de repli. Le localisme sert d’alibi à la médiocrité. Dans un paysage artistique sans frontières, l’art qui se fait localement est assimilé à un art local, avec la dimension péjorative attachée à ce terme.

Cela veut dire que la valorisation des œuvres et la reconnaissance des artistes obéissent aux lois d’un marché structuré autour des nations les plus riches du monde par un duopole constitué d’une part par les États-Unis et d’autre part, par quelques pays d’Europe occidentale. Certes, depuis quelques années un discours sur le relativisme culturel et le métissage a permis qu’émergent des artistes de pays plus variés, du Tiers-monde en particulier. Mais une étude précise du marché de l’art met en évidence une réalité incontournable :

" […] tant le marché que la consécration institutionnelle restent aux mains des pays occidentaux, en particulier des plus riches d’entre eux, États-Unis et Allemagne, ainsi que la Suisse et la Grande-Bretagne "

Il est clair que la logique du marché de l’art ne se laisse pas aisément contourner. On a versé beaucoup d’encre sur la localisation ici, à Nice, à la fin des années 1950, d’une " École " qui a permis à une pléiade d’artistes, d’Yves Klein et Arman à Martial Raysse et Malaval, de s’imposer au niveau international sans appartenir à l’École de Paris alors dominante. Mais l’existence d’une École de Nice n’a jamais signifié que Nice soit pour autant devenu un lieu de valorisation de nouveaux créateurs. Elle n’a pas non plus signifié qu’à travers les artistes reconnus de cette " École " une " identité " niçoise soit lisible. La seule identité que l’on puisse entrevoir serait une identité en creux, le rejet par de jeunes artistes du provincialisme désuet qui caractérisait la vie culturelle de la Côte d’Azur de l’après-Guerre. Le terme " École de Nice " ne renvoie nullement à l’insertion des artistes dans une culture spécifique qui serait la culture niçoise. Il s’agit avant tout d’une référence à une identité artistique qui se constitue autour d’un ensemble de problèmes. La localisation géographique est secondaire : comme l’Expressionnisme abstrait recoupe l’École de New York, le Nouveau Réalisme coïncide avec l’École de Nice. Seul Ben a réussi à conquérir une audience internationale tout en affirmant son insertion dans une réalité niçoise occitane. Il a été influencé dans cette conscience, dès la fin des années 1950, par l’idéologie nationaliste de François Fontan mais il a approfondi cette sensibilité contre tous les sarcasmes d’une critique ignorante et aujourd’hui ce choix rencontre une actualité majeure : on finira bien par reconnaître que le témoignage de Ben ouvre une voie essentielle pour inventer un art contemporain résolument nouveau en Europe.

On constate par ailleurs l’existence de tentatives visant à lier un projet artistique à une culture locale saisie dans sa totalité. Ainsi, par exemple, la Mostra del Larzac, créée en 1970 par Félix Castan sur le plateau du Larzac, a pour ambition d’affirmer la spécificité d’une création occitane et de promouvoir une créativité régionale à l’échelle internationale. Cette tentative sera soutenue dans le début des années 1980 par une politique de valorisation de la création locale mise en place par le ministère de la Culture, avec la création des FRAC. Mais dès 1985, le FRAC de Midi-Pyrénées privilégie d’acquisition d’œuvres d’artistes vivants incontestés pour sensibiliser des publics peu au fait de la création contemporaine. Cette position heurte les militants de la décentralisation qui estiment réduites à la portion congrue les sommes consacrées aux acquisitions de la création plastique régionale. La décentralisation culturelle portera très rapidement un coup fatal à cette tentative de valorisation autonome des artistes de la région et des synergies entre la création artistique et le mouvement occitaniste.
La question du débat qui nous réunit s’éclaire de ces deux exemples : d’un côté, à Nice, des artistes s’imposent sans qu’il y ait un lien attesté entre leur création et une identité locale quelconque. De l’autre, à Toulouse, des artistes articulent de façon très engagée leur démarche avec une revendication identitaire, mais finissent par en être réduits à se battre pour obtenir de l’État un soutien à la possibilité de créer en région, le problème de l’identité occitane étant passé par pertes et profits !

Le système dominant de valorisation des œuvres et de reconnaissance des artistes que j’ai évoqués en commençant impose un art délocalisé, stéréotypé, aisément reconnaissable et identifiable pour ce qu’il est : de l’art contemporain cosmopolite, transportable et consommable. Cependant, l’idée, ainsi universellement répandue, que les œuvres parlent toutes seules avec leur seul être visuel est une idée fausse. La réalité de la création n’est pas si simple. Dans l’intimité de son acte créateur, l’artiste travaille dans un rapport avec la culture à laquelle il participe. Il conçoit, pense, commente, titre ses œuvres dans une langue particulière et il entretient des rapports précis, au moment où il crée ses œuvres avec cette langue et sa culture.
Si, maintenant je me place du côté des cultures, des identités nationales, linguistiques, minoritaires, je constate que celles-ci ont besoin d’un rapport précis à l’art contemporain pour affirmer fortement leur existence.

Il est nécessaire, pour comprendre cette position, de s’arrêter un instant sur ce que sont les identités nationales, linguistiques, minoritaires. Prenons le cas des minorités linguistiques. La défense du droit à l’existence d’une langue minoritaire se situe dans le cadre de la diversité culturelle. L’anthropologie contemporaine a bien mis en évidence le fait que chaque langue permet une appréhension de l’univers particulière, ferment de créations artistiques originales. Le directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, soulignait récemment l’inestimable valeur culturelle et intellectuelle de toute langue : " Chacune d’entre elles est un univers conceptuel, un assemblage complexe et fascinant de sons et d’émotions, d’associations et de symboles, de représentations du mouvement et du temps […] La carte linguistique du monde actuel reflète la précieuse diversité de notre patrimoine humain composite : tangible, là où existent les écrits et les livres, immatériel et vulnérable lorsqu’il revêt de préférence d’autres formes ". Nier cela serait réduire la défense de la " diversité des contenus culturels et des expressions artistiques " à celle d’industries culturelles liées aux États les plus forts.
La principale raison de défendre le droit à l’existence d’une langue minoritaire se trouve dans son aptitude à enrichir le patrimoine culturel de l’humanité d’œuvres qui, sans elle, n’existeraient pas. Le plus souvent on se limite à valoriser les œuvres directement liées à la langue : écritures littéraires, théâtre, parfois musique à condition qu’elles comportent quelque texte… Pour le reste, la globalité de la création culturelle est occupée par les productions traditionnelles : danses traditionnelles, artisanat, etc. Ce panorama est affligeant ! Une culture ainsi conçue n’offre qu’un intérêt très limité. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, les luttes en faveur des langues minoritaires ne rencontrent pas un plus large écho !

L’équation que je propose est simple. Premier point : le meilleur argument fondant la légitimité d’un soutien au développement des langues minoritaires se trouve dans la créativité culturelle spécifique qu’elles permettent. Second point : toute culture exprime la vision du monde, l’être au monde, particulière d’un groupe, d’une communauté, et peut importe sa dimension. Troisième point : si cette affirmation est valide, aucune culture ne peut se réduire aux œuvres directement liées à la langue. Une culture spécifique s’exprime de façon globale avec l’ensemble des supports de la création. L’art contemporain entre dans cet ensemble. Son développement, dans un rapport conscient et clairement revendiqué est essentiel pour fonder la crédibilité des revendications du droit à l’existence de telle ou telle langue minoritaire.

Le problème qui est alors posé à l’art contemporain est de trouver un équilibre délicat, toujours remis en question afin d’éviter aussi bien le nationalisme dominateur, le localisme étouffant que l’universalisme pseudo-internationaliste. La possibilité, pour une culture comme pour un artiste, de réussir cet équilibre, de parvenir à être pleinement soi-même, ne se décrète pas. Il y a toujours un danger de régression dans une formule stéréotypée. Il y a toujours le danger d’être récupéré comme anecdote folklorique au sein de l’art international.

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Il y a pourtant aujourd’hui des exemples contemporains qui montrent que ce défi peut être relevé. Que des cultures minoritaires peuvent s’affirmer non seulement à travers une revendication abstraite mais en prouvant leur capacité créatrice. Je terminerais cette brève intervention en proposant de réfléchir sur quelques exemples concrets.
L’exposition Magiciens de la terre en 1989 à la Grande Halle de la Villette et au centre Pompidou a permis de contrer l’idée communément admise qu’il n’y a de création artistique que dans le monde occidental ou fortement occidentalisé. Cette première tentative a été suivie de plusieurs autres initiatives dans le même sens, notamment la 5e Biennale d’art contemporain de Lyon Partage d’exotismes (2000). On a pu formuler de nombreuses critiques sur la multiplication de ce type de manifestation et notamment déplorer l’habillage anthropologique dont les œuvres présentées ont fait l’objet. Il reste que ces manifestations ont ouvert la voie à une visibilité de l’art de créateurs qui sont, selon la formule d’Octavio Paz, " de la périphérie, habitants des faubourgs de l’histoire " .

Deux réalisations récentes, parmi d’autres, méritent une attention particulière dans la mesure où elles permettent de saisir le rôle de l’art dans des cultures minoritaires.

La première est l’exposition présentée en 2002 à La Villette, Indiens, Chiapas > Mexico > Californie. Cette exposition présente des œuvres provenant de trois régions où les communautés indiennes sont très présentes : Chiapas, Oaxaca et Guerrero, mais aussi Mexico et la Californie, de l’autre côté de la frontière. On découvre ainsi, par exemple, la richesse de l’art contemporain de l’État d’Oaxaca. L’œuvre de Francisco Toledo, le plus indien et le plus universel des grands peintres mexicains, plonge ses racines dans l’univers zapotèque – nature, imaginaire, histoire -, le pétrit, le transforme et l’enrichit. Pour ces artistes, informés de l’art contemporain occidental, l’art est une façon créative de faire de la politique. " Les artistes remplissent leur rôle en étant de bons artistes ", constate Toledo. Dans l’État voisin de Guerrero, les peintres amateros (artistes qui travaillent sur du papier d’écorce de ficus, l’amate) participent de l’invention d’une nouvelle identité indienne dont le rayonnement se projette, par-delà les frontières régionales, sur la scène nationale et internationale. Nicolás de Jesús, l’un de ces artistes du Guerrero, marque clairement le rôle de la langue et de la culture de son peuple dans sa création :
" Devrons-nous toujours nous excuser d’êtres Indiens ? Moi, je parle nahuatl et je me suis aperçu, en vivant à Chicago, que les Américains ne font pas de différence entre les Mexicains ; pour eux, nous sommes tous des Latinos. Alors qu’ici, au Mexique, nous sommes en butte au racisme. Notre culture nahua est celle qui a donné naissance à ce pays. C’est pour cela que je soutiens le combat des organisations indiennes pour la reconnaissance de nos droits. "

La seconde réalisation met en évidence la valeur de l’art contemporain des Indiens Mapuche du Chili dans un parcours qui va des terres du Canada à l’extrême austral du continent américain : le projet international Migrationes norte-sur/sur-norte – Obras site-specific de Canada y Chile (2002). L’un des participants à cette aventure, l’artiste et théoricien huron Guy Sioui-Durand nous livre plusieurs analyses et témoignages d’artistes qui explorent cette " nouvelle dialectique de l’art québécois instaurée entre “ici” et “ailleurs”, caractérisée par la multiplication des échanges et la circulation généralisée des personnes, des savoirs, des pratiques et qui déborde les oppositions régionalistes versus exotiques, nationalistes versus internationalistes, réalités locales versus problématiques dans les grandes capitales " . Abordant l’art amérindien actuel il affirme ce parti pris du nécessaire retour au-delà de la reconnaissance exogène :

" La question de la représentation collective par l’art, de ses vitrines internationales ou circulant parmi les premiers peuples, interpelle l’individualité des créateurs. Les questions d’appartenance et d’individualité sont évidemment au cœur de l’art amérindien. D’un côté, plusieurs artistes indigènes revendiquent en priorité le statut de créateur sur celui d’héritier… Toutefois, pour la plupart des artistes amérindiens contemporains, il ne s’agit ni de renier l’héritage identitaire ni de s’y confiner. Pour plusieurs, cela signifie un engagement personnel dans l’avancement de l’art dans les communautés, tout en poursuivant une carrière internationale. On trouve chez eux, bien que ce soit de manière polymorphe, des éléments de réponse à la dynamique entre responsabilité collective de l’art et individualité carriériste, entre l’éthique de l’engagement social lié à l’appartenance et les exigences de la liberté liées au nomadisme ".

Le difficile équilibre entre insertion au sein d’une culture et recherche d’une reconnaissance dans le système de l’art contemporain est tracé par la conclusion de Guy Sioui-Durand :
" Aller se faire voir ailleurs, c’est bien. Mais faire voir son art aux siens l’est aussi. C’est ce qui importe. Finalement, si tous les artistes étaient, dans la logique iroquienne de l’adoption, tous des Indiens ? "

Face à ces témoignages vivifiants, la question qui se pose à nous, ici, à Nice, est cruciale : comment se fait-il que les artistes qui travaillent ici n’expriment pas clairement leur insertion dans la culture occitane qui est la culture de ce lieu ? Question aux artistes. Question aux défenseurs de cette minorité linguistique. La conscience identitaire ne se décrète pas : si les artistes de l’École de Nice n’ont pas davantage pensé leur travail en occitan, c’est sans doute que cette langue minoritaire n’est plus très vivante. Si les militants occitanistes ne se soucient pas de mettre en évidence les rapports de la langue et de la culture occitane avec l’art contemporain, c’est sans doute que leur combat est mal engagé, coupé des réalités vivantes de la création.

Villevieille, 7 octobre 2004

Henri Giordan

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Gérard Durozoi
2004-09-27
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La question est biaisée, qui postule que nation, identité et cultures définissent une cohérence, alors que le pluriel attribué au troisième terme s'oppose au singulier des deux autres. La nation est une idée aussi nauséabonde et dangereuse que la religion, comme le prouvent l'histoire du XXème siècle et ses prolongements actuels (les récriminations de quelques défenseurs tardifs de "l'héritage" de Breton, soucieux de l'inscrire au patrimoine "national", n'ont fait qu'ajouter le ridicule au nauséabond)

L'identité est par définition instable et inachevée, toujours à élaborer. Quand aux cultures, affirmer leur diversité est désormais la moindre

Il y aurait - selon la question - l'art contemporain "d'autre part".Si Hegel pouvait affirmer que l'art manifeste "l'esprit d'un peuple", on constate que telle n'est plus l'ambition (le rôle ?) de l'art contemporain, par définition occupé à constituer les réseaux dont il se nourrit et les discours qui justifient son cosmopolitisme et sa délocalisation. Il y a belle lurette que l'on met en crise l'identité (de l'artiste et du spectateur) et la culture (qui sans cela se sclérose on rêve d'un "retour aux sources" parfaitement rétrograde), et que son lien avec une "nation" - quelle que puisse être l'ampleur géographique de cette dernière - est heureusement impensable. Duchamp était-il Normand, Français ou Américain ?
Et Picabia Cubain, Espagnol, Parisien, Américain ou Français ? (à l'inverse un Arno Brecker, qui n'a rien de contemporain, étant sans doute "'Allemand")

Que s'affirment des cultures, bravo ! Mais tant pis pour les artistes contemporains - en admettant qu'ils collaborent à de telles affirmations - qui se laisseraient enfermer dans le piège d'une identité nationale, celle ci se cristallise toujours dans un pouvoir, peut être d'autant moins recommandable qu'il s'affirme plus proche - géographiquement - des "citoyens", mais quoi qu'il en soit toujours orienté vers l'affirmation de l'acquis. Si l'art contemporain peut avoir du sens, ce n'est au contraire que dans la mesure où il demeure une entreprise de négation, de désintégration, ou d'ouverture au possible : rien n'y est plus hostile que la nation ou l'identité.

Gérard Durozoi

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Michel Barnier
2004-10-26
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TEXTE RECU EN EMAIL
(voici un texte Ben un peu sur le sujet qui pourrait vous intéresser et alimenter votre débat )

Une nouvelle frontière pour l'Europe

"Les frontières, à quoi ça sert ?" s'était interrogé l'AFAA lors de son rendez vous annuel en Avignon, il y a bientôt deux ans.

Pendant longtemps les frontières ont constitué des territoires, elles ont délimité des "champs" où s'expriment des identités, elles ont circonscrit des lieux où se produisent des œuvres dans lesquelles des peuples se "reconnaissent". Parce qu'ils sont les créateurs de ces œuvres, les artistes contribuent plus que tous à la définition des identités, à l'enrichissement de la mémoire, à
la constitution de ce qu'on appelle aujourd'hui le patrimoine, cet ensemble de représentation léguées par l'histoire. Mais en séparant (en théorie du moins) des hommes que rassemblent, sur un même fragment de croûte terrestre, des pratiques culturelles organisées autour d'une volonté de "vivre ensemble" les frontières ont contribué à la diversité du monde. Dès lors la frontière peut, doit être ouverture à cette diversité. D'ailleurs, quand il s'agit d'œuvres universelles, la culture s'adresse à
tous : quelle œuvre d'art ne contient pas, en effet, une part d'universel ? En réalité, une culture n'est pas un composé stable, un élément chimiquement pur : les identités culturelles sont parfois nomades, et sautent volontiers par-dessus les barrières où "la tradition" voudrait les enfermer. Elle s'enrichissent de toutes les cultures avec lesquelles elles entrent en contact, se laissent transformer par elles, les transforment à leur tour.
Aujourd'hui, à quoi servent donc les bordures, les barrières, les cloisons qui enferment les territoires ? La question mérite plus que jamais d'être posée dans un monde où sous l'empire de la marchandise et de la "communication" un vaste mouvement de désenclavement s'opère. Ce tourbillon abat comme autant de lignes Maginot toutes les défenses, emporte les formes ou les certitudes les mieux enracinées, fait s'entrechoquer les histoires singulières, les temps propres à chaque culture, à chaque société. Les artistes sont les agents de ces métamorphoses. Leurs œuvres constituent le patrimoine de demain, mais leurs
créations remettent en cause les certitudes d'aujourd'hui.
Comme Dominique de Villepin a su si bien le dire et le prouver pendant ces deux dernières années, la première qualité du diplomate est de comprendre l'autre, quand les artistes se situent aux avant-postes, aux lisières du monde. Veilleurs et visionnaires, ils scrutent le monde nouveau et donnent à voir
ce que nous ne pouvons voir. Tous se rejoignent sur ces frontières immatérielles où les cultures Dialoguent les unes avec les autres et se réinventent en permanence. C'est pourquoi nous sommes partisans de ces voyages, artistes de France que nous
emmenons ailleurs, artistes d'ailleurs que nous accueillons en France. L'Europe est, à vrai dire, la métaphore par excellence de cette tension permanente et féconde entre identité et diversité, entre racines et universel, entre patrimoine et liberté créatrice. On ne peut dire qu'existeune culture européenne. Mais on sait qu'il n'y a pas d'Europe sans culture.
On sait même que, au jour des définitions, c'est par la culture, ses
cultures qu'on est tenté de définir l'Europe.
C'est pas elle que l'on trouve si naturel aujourd'hui que dix pays entrent
dans l'Union. Il y a bien une communauté de destins que le contact des
langues, la naissance des arts, les échanges intellectuels ont forgée dans
une identité plurielle ! Et, il est bien naturel, également, que l'on
compte sur les artistes qui, depuis longtemps ont aboli les frontières pour
être les éclaireurs de ce chemin que nous allons parcourir ensemble.
Ce faisant, sachant qu'il faut beaucoup de langues pour dire le monde,
beaucoup de regards pour le comprendre et le décrire, ils sont pionniers, à
l'écoute des peuples qui, manifestement, veulent écrire une nouvelle
histoire pour l'Europe.

Michel Barnier Ministre des Affaires Etrangères

Michel Barnier

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Hervé Perdriolle
2004-10-26
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On aurait pu penser, qu’après les « magiciens de la terre », exposition hier controversée et aujourd’hui célébrée, l’art contemporain allait s’ouvrir sur les formes d’expressions contemporaines non occidentales issues de cultures
aux origines les plus diverses et, plus particulièrement, c’était l’un des
enjeux de cette exposition, celles n’ayant aucun lien, ou très peu, avec
l’histoire de l’art occidentale.
Il n’en est rien ou presque. Dans le circuit (circuit : un mot qui me fait
penser à un autre : rallye, club très fermé et élitiste de jeunes gens qui
s’amusent entre eux) de l’art contemporain, les expositions qui présentent les œuvres d’artistes issus de ces cultures non-colonisés se comptent sur les doigts de la main. Je ne parle pas ici de cette ouverture de l’art contemporain à des pays non occidentaux, la Chine en tête, faite à des artistes, pour la grande majorité, ayant acceptés, intégrés et assimilés les
codes de l’art contemporain occidental. Je parle des autres, ceux qui étaient au cœur de l’enjeu de cette exposition que chacun s’accorde aujourd’hui a considéré comme historique.
Le manque de discernement, pourtant évident, entre la part folklorique et la part de créativité personnelle semble être le reproche le plus souvent adressé à ces artistes inclassables et délaissés.
En contre-point, personne ne s’interroge sur la dimension folklorique de l’art contemporain occidental. La science des traditions et des usages, définition du mot folklore, y est pourtant fortement codifiée et la part créative de chacun, le plus souvent, réduite à d’infimes déplacements. Nicolas Bourriaud évoquait dans Beaux Arts Magazine « les incantations sur le dialogue mondial des cultures, qui pourraient tourner à la cacophonie si on les prenait au mot ».
Ne pourrait-on pas penser, en contre-poids équitable, que l’art contemporain souffre de bégayement ? Nul doute, je préfère la polyphonie des cacophonies
!

Qui sont ces artistes ? Deux exemples parmis tant d’autres.
Jivya Soma Mashe, âgé de 70 ans, est un artiste tribal de la tribu des Warli située en Inde, dans l’Etat du Maharastra, l’un des artistes tribaux indiens les plus estimés par les amateurs et professionnels s’intéressant à ces
formes d’art transitoires entre tradition et modernité. Seul Jean-Hubert
Martin m’a permis d’exposer ses œuvres en Allemagne (2003) et en Italie
(2004), aucune autre proposition.
L’art populaire des femmes du Mithila (Etat du Bihar, Inde), Ganga Devi en
est l’exemple le plus connu. Yves Véquaud, un Français, a, au début des
années 70, étudié et rassemblé une des plus belles collections concernant
cette forme d’art populaire, elle aussi transitoire, entre autres par
l’introduction de nouveaux supports de travail comme le papier et la toile,
entre tradition et modernité. Ce travail d’étude et cette collection, ont
fait de ce français le référent pour tous les spécialistes internationaux
et, de surcroît, Indien. Travail méconnu en France et collection exemplaire
qui dort dans l’appartement d’Yves Véquaud.

Parce que transitoire entre tradition et modernité, ces artistes (loin
d’annoncer le règne de la cacophonie car là aussi la qualité est rare) intéressent de moins en moins les ethnologues et sont délaissés par les acteurs de l’art contemporain.

L’art contemporain, tel qu’il nous est donné à voir aujourd’hui, est-il
suffisamment captivant, en terme d’étonnements, et édifiant, en terme de
connaissance, pour que nous ayons les moyens de sacrifier ces témoignages exemplaires et représentatifs de notre contemporanéité ?

Passons sous silence l’art brut !
Identités culturelles ? Pluriel et singulier !

Hervé Perdriolle

Hervé Perdriolle

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DEGOUPYI
2004-10-26
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Bonsoir Mr Ben Vautier

Je suis tombé incidemment, mais y a t'il vraiment de hasard, sur votre news du 27/9 et elle croise des questionnements qui m'intéressent depuis longtemps. Ce sont plutôt les domaines de la musique, du théâtre et de l'écriture qui nous occupent avec une association locale "Série Illimitée" que nous avons monté depuis peu. Parallèlement à ces aspirations à la création, nous nous associons à des actions dites "citoyennes", tout au moins suivant notre interprétation du terme, et pensons que les deux peuvent se compléter avec bonheur.
Le week-end qui suivra l'expo shake du 8/10 sera en effet assez chargé avec d'une part le soutien au collectif des diables bleus, et la participation à la manifestation "inpromptue" contre les paradis fiscaux avec ATTAC06 qui aura lieu sur la basse corniche à partir de 13h30 à l'entrée de Monaco (manifestation dans laquelle nous ferons un peu référence à votre graphisme pour parsemer de mots les scènes happening prévues, ce dont vous voudrez bien nous absoudre..). Il va sans dire que vous êtes cordialement invité à boire la sangria de l'amitié avec nos ..maigres ?? troupes.
C'est donc dans ce contexte que je vous fais parvenir ma tres modeste contribution à la reflexion collective suscitée par SHAKE

L'Histoire de l'Art n'est que la suite figée des productions/rêves de l'Homme qui furent toutes de l'Art Contemporain. Comme la particule de poussière expulsée sous le souffle du brasier, la création contemporaine est sur le fil, constamment et fatalement menacée d'une notoriété qui l'historicisera. Devenue alors valeur sure de moindre potentiel de gain pour les derniers acteurs du peplum artistique, ces offreurs et demandeurs rivalisant de désintérêt pour le désir de transcendance initial, elle intégrera le fatras spectaculaire ambiant, plantant le décor de l'assoupissement des masses.
Fiscalistes et financiers tiennent la barre du goût et peu leur importe de rassembler, de préserver, de donner sens à quelque valeur que ce soit.
L'artiste contemporain est un indien qui vit sur une réserve que l'institution politique ne tarde à lui contester. Le collectif des Diables Bleus, cette fin de semaine des 9 et 10 Octobre 2004 à Nice, résistera à une mise en coupe réglée pour incompatibilité de bienséance. Ayons une pensée, à défaut d'un soutien, pour sa mort annoncée.
L'Art n'est jamais officiel. Les artistes identitaires sont des pantins, ou pire des montreurs d'ours pour cars de touriste.
Un art libre, donc éternellement moderne, se dessine avec par exemple la théatralisation de messages revendicatifs en milieux banalisés et la création d'évènements inpromptus. Ils entretiennent une surprise née par coincidence, presque par magie. Cette surprise n'est pas un procédé brevetable, elle ne résulte pas de l'intention de "faire moderne", mais d'une obscure topographie affective qui révèle un lien social et une communauté d'intérêts. Appels à la conscience plutôt qu'à la révolte, les engagements nécessaires de l'Art contemporain permettront peut-être d'endiguer le Refus et la Colère qui grondent au sein des Nations.
Le choix est simple pour l'artiste comme pour quiconque. Etre privilégié d'un système oppresseur, ailleurs, plus loin, quelque part peut-être, ou acteur du changement des consciences.

Enfin, pour ma part..
Bons et fructueux échanges pour cette soirée du 8.

Tres cordialement.
degouyj degouyj@wanadoo.fr
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DEGOUPYI

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Claire TOMADA
2004-10-26
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Franchement, je trouve votre position sur les minorités linguistiques navrante et dangereuse à la connaissance et l' expression entre humains ... voir sur un modèle tribal !!! quelle avancée !!! Qui empêche les communautés linguistiques d' exister, de communiquer, d 'éditer, de vivre tout simplement, au travers des peuples et hommes qui la composent. Pourquoi vouloir à chaque fois faire marquer le territoire avec des décisions administratives et favoriser voir étatiser des replis identitaires communautaires. Oui, pour abolir les frontières et permettre à tous d' aller, venir, et s' installer ou bon
lui semble, s' exprimer .... Oui à la garantie des valeurs individuelles qui n' enferment pas les peuples et ne les coupent des autres aux " frontières" d' une impossible communication. Puisque ces communautés linguistiques et
culturelles diverses appartiennent à une Nation, elles peuvent donc s' exprimer et ont les mêmes droits et devoirs que tout citoyen Pour étayer votre liste de communautés linguistiques, il existe aussi une langue écrite et parlée, en Italie du Nord, qui est le " FRIOULIN " ( nom francisé)... communauté linguistique vivante affiliée à la " COMMUNAUTÉ DES PEUPLES LIBRES parceque non soumis ... à laquelle j'
appartiens.

Claire TOMADA

Claire TOMADA

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VICTOR
2004-10-26
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au cours de ct debat. Pourquoi pas
demander aussí la presence des representants de la culture catalane,
egalement attaqué pour les mêmes forces? Sachant que justement au sein de la culture catalane ont à toujours essayée des formules pour continuer en avantgarde malgr la manque d'un etat qui peuvez nous soutenir, notenment aux createurs, et malgré tout ça, ont est la, avec nos plasticiens, Miró, Dalí, Tàpies, Barceló..., la danse, le theatre de creation, Comediants, Fura
dels Baus..., pour poser quelques references pls ou moins connues. Les createurs attachées a la langue ils on du mal a se faire connaitre ailleurs, et ce qui font leurs creations dans le domaine plus industrialisé du cinema ont des grands dificultées a propos de la manque d'investissements privées,
lis toujours a l'absence de soutien public.
En ce qui concerne a la question centrale, je crois que efectivement,
aujourdhui uniquement c'est possible envisager un futur reel, au moins, en ce qui concerne a la culture catalana, avec les structures du pouvoir equivalentes aux autres etats de l'Union Europeenne. Et, à mon avis, encore faudrait creer des liens parmi toutes les cultures de longue tradition societaire (democratiques, republiqueennes, sociales, ...) pour etablir des
politiques europeennes eficacespour la salvegarde de tout le patrimoine culturelle et linguistique, sans lequel, on va tomber rapidement audessous
de la stupiditée imposée pour les medias d'inspiration americaine et ça logique du marchée. Merci de votre ecoute,

Víctor

VICTOR

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BEN SOUS FORME DE NEWS LETTER
2004-10-26
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" QUELLE RELATIONS VOYEZ-VOUS AUJOURD'HUI, ENTRE NATION, CULTURE, IDENTITE D'UNE PART ET ART CONTEMPORAIN D'AUTRE PART ?

Oui je suis un peu angoissé pour le débat autour de l'expo Shake de la villa Arson le 8 octobre a 18 heures
dont je crois que je vous ai parlé il y a deux ou trois jours dans ma dernière news letter

En revenant de Paris dans l'avion j'écris donc ceci : "Je me souviens en 1979 quand j'ai proposé un numéro spécial d'Art Press à Catherine Millet sur le sujet IDENTITE ET -ART CONTEMPORAIN (N° 26) face à un art contemporain qui était cosmopolite et Américain, le débat se résumait à : identarisme = archaïsme rétrograde etc.
Aujourd'hui on ne peut pas ouvrir une revue ou un journal de politique extérieure sans être confronté au thème du communautarisme, du multiculturalisme, du pluri-culturalisme, du mondialisme et de l'identitarisme.
De Documenta à la Biennale de Venise et dans beaucoup d'expos internationales, les curateurs s'intéressent au sujet mais (d'après moi) continuent a tourner autour du pot avec un "donner a voir " qui noie le poisson.

J'aurai aimé que l'expo Shake secoue le cocotier et c'est la raison pour laquelle je pense que c'est une bonne idée de la part des organisateurs d'avoir proposé un débat et encore mieux de ne pas vouloir confiner ce débat à cinq ou six bons spécialistes, intervenants mais d'avoir demandé à tout le monde, y compris à vous, de participer en envoyant votre réponse à la question du débat posée :

"
Est-ce qu'un peuple opprimé dans sa langue, sa culture, peut décemment avoir un art contemporain sans au préalable avoir conquis son indépendance politique ?

ou encore : peut-il y avoir un art Occitan, Basque, Corse, Kurde, Dogon, Méo contemporain non "paternalisé" sans que le peuple en question contrôle et gère son destin culturel c'est-à-dire soit indépendant ?

ou encore : peut-on séparer art contemporain de langue, peuple et culture ?

80 à 90 % des artistes, quand on parle art contemporain et identité, récusent tout art national ou identitaire au nom d'un melting pot uniforme. Ont-ils raison ou tort ?
Et de l'autre coté souvent les défenseurs d'une langue d'une culture en danger rejette l'art contemporain le considérant véhicule d'un impérialisme culturel qui les occulte

Autre question :
Peut-on échapper en art à la loi du plus fort ?

C'est à toutes ces questions que le 8 octobre nous allons apporter des réponses.

Ben

BEN SOUS FORME DE NEWS LETTER

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UN EX BANLIEUE BANLIEUE
2004-10-26
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457 personnes (indiidus) possèdent 50 pour cent des richesses de la planète (chiffres du FMI)
L'art contemporain est l'équivalent des séries télé pour la Jet
Les formes dominantes ont toujours été dans l'histoire, adulées par les
dominés
l'Art contemporain sert les vainquurs mais les vaincus produisent l'utopie,
la culture.
Spartacus, La commune de Paris, La Guerre D'Espagne ,MalcomX, Le Che, Salvator alliende,
68, Woodstock,la bande à Baader et de l'autre bord, Rome, la bourgeoisie Versaillaise,
l'aristocratie fascste espagnole, Nixon, Reagan Bush I & Bush II, etc...
Ciao Amigo . un ex- Banlieue-Banlieue

UN EX BANLIEUE BANLIEUE

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BEN'S ANSWER IN ENGLISH
2004-10-26
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>REPONSE DE BEN
humanity is one, but is divided into communities having all a language and a culture of theiR own and all are entitled to the survival of their culture and their language. The linguistic and cultural diversity of mankind is of an incomparable richness.
The policy of assimilation and integration, the disappearance of a linguistic cultural population is not a good thing; on the other hand free exchanges between cultures is essential
for each culture to progress the minority communities like the Britons the Basques, the Kurds, Karens,
the Planks, Soarbes, the Occitans of Nice the Slovènes of Carinthia etc located on the territories of current States nations must have the possibility of deciding their own political and cultural destiny in the respect of the other people, cultures, languages.
With regard to the contemporary art the concept of contemporaneity in art does not belong exclusively to the artists of the ten dominant ethnical groupes groups, but to all the artists of all the cultures languages in this world who seek and bring newness in 2004 to the cultural history of their people.
In all actual national States, the linguistic immigrant minorities living in the large cities must have access to the teaching of their language and culture and particpate in the municipal decisions concerning local daily life
Everywhere in the world where official STATE BORDERS were created artificially resulting not from the reality of the culture and language of people which live there but from arbitrary decisions resulting from colonial and imperialistic conquests, it must be possible to recompose new borders taking into consideration linguistic realitys , so that no people are obliged to undergo oppression
Ben 2004

BEN'S ANSWER IN ENGLISH

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ben vautier
2005-02-15
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je ne sais pas si il figure ou pas dans ce debat mais voici le texte que j'i fait pouur ll'expo relocations a linz
(censuré par la suite )


EN CE TEMPS-LA BEN VINT A LINZ ET DIT :
l'humanité est une, mais se divise en communautés ayant toutes une langue et une culture différente qui leur sont propres et toutes ont droit à la survie de leur culture et de leur langue.

La diversité linguistique et culturelle de l'espèce humaine est une richesse incomparable. La politique d'assimilation et d'intégration, la disparition d'une population culturelle linguistique au profit d'une autre n'est donc pas une bonne chose ; par contre leséchanges entre cultures libres est indispensable

Les communautés linguistiques dites minoritaires comme les Bretons, les Basques, les Kurdes, les Karens, les Frises, les Soarbes, les Slovènes de Carinthie etc situées sur les territoires d'Etats nations actuels doivent avoir la possibilité de gérer leur destin politique et culturel dans le respect des autres peuples, cultures, langues.

En ce qui concerne l'art contemporain
la notion de contemporanéité en art n'appartient pas exclusivement aux artistes d'une dizaine d'ethnies dominantes, mais à tous les artistes des ethnies langues qui peuplent le monde et cherchent et apportent du nouveau à l'histoire culturelle de leur peuple.

A l'intérieur des Etats nations, les minorités linguistiques immigrées dans les grandes villes doivent avoir accès à l'enseignement de leurs langue et culture et au vote municipal pour les questions concernant leur vie locale de tous les jours.

Partout dans le monde où les frontières étatiques ont été créées artificiellement et résultent non pas de la réalité des peuples qui y habitent mais de décisions arbitraires issues de conquêtes coloniales ou autres, il doit être possible de refondre ces frontières à partir d'indices linguistiques, de sorte qu'aucun peuple ne soit obligé de subir l'oppression impérialiste d'un autre peuple.

ben vautier

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note de ben
2005-03-27
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je remarque que le debat
universalisme gagarisme
continue de plus belle
ils tournent autour du pot
se contredisent
publient des textes
se regargarisent
puis la realité vient les gifler
les peuples existent
et l'imperialisme culturel aussi

note de ben

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Jean-Pierre Salgas
2006-07-19
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ARTS DU MONDE-MONDE DE L'ART

Printemps 2006 : inauguration à Paris du Musée des Arts et Civilisations du Quai Branly et épilogue d'une déjà longue histoire … qui avait commencé en 1989 lors du Bicentenaire de la Révolution : à l'initiative du collectionneur Jacques Kerchache , un manifeste « Pour que les chefs d'œuvres du monde entier naissent libres et égaux en droit » marquait le départ du processus qui aboutira au Pavillon des Sessions du Grand Louvre ; avec Les Magiciens de la Terre ( Beaubourg , La Villette ) , Jean-Hubert Martin faisait entrer l'art contemporain dans l'ère post-coloniale. Derniers épisodes : les 2-3 mars derniers , le colloque L'expérience métisse à l'auditorium du Louvre , autour des thèses de Serge Gruszinski . Ignoré avant-hier ( depuis 1953 dit-il ces jour-là ) , Edouard Glissant prophète de la « créolisation » le cloture . Au Kunstmuseum de Düsseldorf , Jean-Hubert Martin poursuit ses « partages d'exotisme » : ouvert fin juillet , Africa Remix fait escale au Centre Pompidou en mai 2005 .
Un peu partout , au même moment , les Biennales se multiplient ( de Sao Paolo « l'anthropophage » … à Moscou qui ouvre la sienne fin janvier 2005 ) et les« pavillons nationaux » des anciennes craquent ( Venise ) .... Pour ne rien dire des orientations des deux dernières Documenta ( dues à Catherine David et Okwui Enwizor ) . Partout donc , les statuts meurent aussi … Et le retard français semble en voie d'être comblé ( si on compare les choses comparables : Paris à Londres par exemple ) . Mais au même rythme , les résistances croissent : frontales ( le rapport Alain Quemin en 2001 ) ou obliques : en lieu et place du « partage d'exotisme » , un exotisme sans partage ( un véritable art-touriste , notamment en Chine et au Japon ) occupe un grand pan de l'art contemporain ( je renvoie aux deux dernières FIAC ) , un peu l'équivalent de la si mal nommée « littérature de voyage » et de son tour du monde des clochers et des clichés . Symétriquement , pour emprunter un concept à Barthélémy Toguo , l' « artiste-Mamadou » , dans ses deux versions ( authentique ou mimétique ) , se trouve de plus en plus inventé , sollicité , exposé , célébré…
D'ou l'idée d'un cycle de conférences sur les mutations induites dans le monde de l'art par les « arts du monde » , dans les arts du monde par le « monde de l'art » . 2006-1989 ? Il faut évidemment remonter plus haut et penser plus large . A 1492 … à 1789 … passer de la construction des états-nations à leur déconstruction actuelle , interroger la modernité ( Gauguin et Segalen , Picasso et l'Art Nègre ) , Malraux et son Musée Imaginaire , Michel Leiris et la mission Dakar-Djibouti , Levi-Strauss et La Pensée Sauvage … Parler aussi philosophie ( Hegel ) , histoire des musées ( les cabinets de curiosités ) , littérature ( république des lettres , négritude et tigritude … ) , musique ( Stravinsky , jazz ou worldmusic ) , cinéma etc … . S'orienter Est-Ouest et pas uniquement Nord-Sud ( le mur de Berlin est tombé aussi en 1989 ) . En passant , se demander si la France ( sa singulière superposition d'un territoire , d'une langue et d'une nation ) n'est pas un redoutable obstacle épistémologique à l'intelligence de ces questions .
A quelles conditions -esthétiques-sociologiques - la « créolisation » des arts s'effectue-t-elle dans la « mondialisation » ? Quelles sont les conditions de possibilité d'un réel « partage d'exotismes » ? Deux conférences par mois auront lieu à l'ENSA de Bourges de janvier 2005 au printemps 2006 ( ouverture du musée du Quai Branly ) ; autant que possible s'y succéderont « créateurs » et « non créateurs » ( théoriciens et-ou historiens ; le mélange des générations sera la règle ) . Le plus possible liés à l'actualité de tous les arts , théorie comprise évidemment .


Jean-Pierre Salgas

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