NICARAGUA MISKITOS

LUGAR NUMERO 18 (AUTOMNE 982)

NICARAGUA

La question des Indiens Miskito fait l'objet de controverses entre d'une part les réfugiés Miskito au Honduras, les groupes qui défendent les intérêts des Indiens dans les pays occidentaux et d'autre part le gouvernement sandiniste déjà en butte à l'hostilité active des USA qui apportent un soutien matériel et tactique à la "guérilla" somoziste basée en territoire hondurien. Une enquête réalisée au Honduras chez les Miskitos réfugiés et financée par "médecins sans frontières" lance même des accusations très graves : massacres, destruction de communautés indiennes et tentative d'assimilation au mode de vie blanc. Qu'en est-il exactement ? Il faut tout d'abord rappeler que le terme Miskito ne désigne pas une ethnie mais un des trois dialectes de la langue Misumalpa les deux autres étant le Sumu et le Matagalpa. Les Indiens Misumalpa sont les seuls Indiens présents au Nicaragua, qu'ils aient ou non conservé l'usage de leur langue. Ils débordent en outre au Honduras voisin vers le sud au-delà du Rio Coco, le fleuve frontière entre les deux états. Actuellement dans la région de Puerto Lempira sur la côte atlantique du Honduras vivent dix mille réfugiés Miskito du Nicaragua. Ils font l'objet de toutes les sollicitudes du gouvernement américain alléché par les rumeurs de massacres supposés perpétrés par les Sandinistes. Il est difficile de vérifier si des massacres ont réellement eu lieu et de quelle ampleur. Le gouvernement de Managua s'en défend même s'il reconnaît que des abus ont eu lieu, il affirme avoir lancé le programme dit de "Tasba Pri" (terre libre en Miskito) pour transférer les communautés Miskito de la rivière Coco et les protéger ainsi des affrontements entre Sandinistes et Somozistes. Or en fait ce n'est pas le seul but du projet qui vise aussi à faire participer (contre leur gré ?) les Miskitos à la réforme agraire et les faire s'organiser en coopératives avec quotas de production, ce qui ne correspond guère à leur mode traditionnel de culture de la terre qui est familial.
Certains milieux de gauche européens et nordaméricains estiment qu'en créant des difficultés à la révolution sandiniste, on fait le jeu de l'impérialisme américain et de ses alliés locaux somozistes. Cette logique apparemment indiscutable qui passe sous silence la question nationale conduit à soutenir l'intervention russe en Afghanistan ou éventuellement en Pologne ou à soutenir l'Argentine contre la Grande-Bretagne dans le conflit des Falklands. Le gouvernement sandiniste, dont nous reconnaissons qu'il est directement menacé par les incursions de bandes armées venues du Honduras, aurait intérêt à changer d'urgence de politique envers les Miskitos qui ne sont pas des "sauvages arriérés" mais des Indiens comme l'immense majorité de la population du Nicaragua. Ils ont conservé leur langue et leur mode de vie traditionnel contrairement aux "Mestizos" (Indiens acculturés ne parlant qu'espagnol), la solution n'est pas de les forcer à en changer, et d'en faire une population passive et assistée comme dans les réserves indiennes des USA. C'est sur la manière dont le problème national sera résolu que nous jugerons la révolution sandiniste plus que sur la relative dépendance idéologique et militaire vis-à-vis de La Havane et de Moscou. Les Indiens d'Amérique relèvent la tête, un jour les colons européens descendants d'Espagnols, de Portugais, de Français ou d'ltaliens n'auront le choix qu'entre l'assimilation et le départ des zones à majorité indienne. (Voir à ce sujet le Bulletin Amérique Indienne n ° 17-18 et 19, Diffusion INTI, 37 rue Meslay 75003 Paris et LU LYGAR n °14 qui fournit une carte ethnique de l'isthme centre-américain)

Pékin continue d'assouplir sa politique vis-à-vis du Tibet : exemptions d'impôts, subventions d'une part, visite du Panchen Lama et contacts renoués avec le Dalaï Lama d'autre part. Pékin envisagerait même mais cela n'est pas confirmé d'agrandir la région autonome du Tibet pour y inclure les Tibétains du Tsinghai, du Kansu et du Sechuan. (Voir carte du Tibet dans LU LYGA n° 15-16 et Le Monde 7 juillet 82).

Dzwom-Pejr' Olari

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